Aux Grillons, la cuisine devient un moteur de lien social


Publié le Mardi 16 Juin 2026 à 11:45



À Aix-les-Bains, l’EHPAD les Grillons a transformé une ancienne cuisine en véritable tiers-lieu intergénérationnel. Un projet innovant qui mêle ateliers culinaires, accompagnement thérapeutique et ouverture sur l’extérieur, au service du bien-être des résidents et de la lutte contre l’isolement.  




Mise en service début 2023, la cuisine partagée de l’EHPAD Les Grillons dépasse largement sa fonction initiale. Lauréats de l’appel à projets « Tiers lieu en EHPAD » porté par la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA), l’établissement et le Centre intercommunal d’action sociale (CIAS) Grand Lac ont su faire de cet espace en un lieu de rencontres, où résidents, professionnels et partenaires extérieurs se retrouvent pour cuisiner et partager des moments de convivialité. « L’appel à projets a été un déclencheur. Nous n’avions pas d’idée préconçue, mais une opportunité d’ouvrir davantage l’EHPAD sur son environnement », se souvient Sylvie Baril, responsable du service de lutte contre l’isolement au CIAS Grand Lac. Le contexte s’y prêtait. Depuis 2021, la cuisine centrale n’était plus utilisée en raison de l’externalisation des repas. Cet espace de 40 m², capable d’accueillir une douzaine de personnes, s’est ainsi révélé idéal pour expérimenter de nouveaux usages.

Une construction collective et territoriale  

Dès le départ, le projet s’est inscrit dans une dynamique partenariale, mobilisant services sociaux, associations locales, structures solidaires et acteurs de l’animation territoriale. Ensemble, ils ont imaginé les usages possibles de ce lieu et la manière de le faire vivre. « Cuisiner ensemble, manger ensemble, sont des leviers formidables pour rapprocher des personnes d’âges, de cultures et de parcours différents », souligne Sylvie Baril. L’initiative répond également à un besoin local, celui de disposer d’un espace adapté à des ateliers culinaires collectifs. Aujourd’hui, le dispositif repose sur une organisation à la fois souple et structurée. Une charte encadre les usages, les créneaux sont réservés via l’accueil de l’EHPAD, et la mise à disposition reste gratuite, sous réserve de participation au nettoyage. Le CIAS assure la coordination avec les partenaires, tandis que l’établissement veille au bon fonctionnement quotidien de l’espace.

Un espace ouvert, mais sécurisé  

Située en bout de bâtiment, la cuisine offre un cadre sécurisé pour les résidents tout en restant accessible à des publics extérieurs. Associations, services sociaux, structures médico-sociales et familles peuvent s’en emparer pour organiser des ateliers et des rencontres. Cette diversité d’usages fait toute la richesse du lieu. Des ateliers avec des enfants aux rencontres avec des jeunes en insertion, en passant par des actions de prévention en santé ou des échanges avec des personnes en situation de précarité, les initiatives se multiplient. « Ce type d’équipement suscite rapidement l’intérêt des acteurs locaux, car il est rare et s’adapte à de nombreux projets », observe la responsable.

Un levier au service du projet de soin  

Au sein de l’EHPAD, la cuisine s’est imposée comme un véritable outil d’accompagnement. Animations culinaires, ateliers pâtisserie et rencontres intergénérationnelles rythment désormais le quotidien des résidents. Depuis le début de l’année 2026, des repas thérapeutiques ont également été structurés, sous l’impulsion de la psychologue de l’EHPAD et du SSIAD, Christelle Cottin. Chaque mois, un groupe de six résidents élabore et prépare un menu complet, avant de le partager. « L’idée est de construire le repas à partir de souvenirs et d’envies. Cela mobilise à la fois la mémoire, les gestes et le plaisir d’être ensemble », explique-t-elle. L’activité s’adapte aux capacités de chacun, permettant une participation inclusive, quel que soit le niveau de dépendance.

Des bénéfices multiples pour les résidents  

Les effets observés sont nombreux. Sur le plan social, les ateliers favorisent de nouvelles interactions entre des résidents qui ne se côtoyaient pas forcément auparavant. « On voit apparaître de l’entraide spontanée, des affinités inattendues », souligne la psychologue. Sur le plan cognitif et émotionnel, la cuisine agit comme un puissant déclencheur de souvenirs. Les odeurs, les gestes ou encore les recettes ravivent des expériences passées et renforcent la confiance des participants. « Même lorsque les recettes sont oubliées, les gestes reviennent naturellement », constate Christelle Cottin. Le format en petit groupe, plus intimiste, contribue également au bien-être, avec une ambiance apaisée et l’implication active de chacun. « C’est très valorisant pour les résidents, y compris pour ceux qui participent peu aux gestes », ajoute-t-elle.

Une dynamique qui rayonne dans tout l’établissement  

Au-delà des participants directs, le projet diffuse ses effets dans l’ensemble de l’EHPAD. Les photos affichées, les récits d’ateliers et la curiosité suscitée encouragent progressivement d’autres résidents à s’y intéresser, puis à participer. Les familles, de leur côté, redécouvrent parfois avec surprise les capacités de leurs proches. « Certaines sont étonnées de les voir proposer une recette ou se souvenir des étapes de préparation », note la psychologue. La possibilité d’utiliser la cuisine lors des visites renforce également les liens familiaux, en recréant des moments simples et partagés. 

Avec une à trois activités hebdomadaires en moyenne, la cuisine des Grillons s’affirme comme un outil à la fois accessible, structurant et fédérateur, au service de l’animation, du soin et de l’ouverture sur l’extérieur. « L’alimentaire est un vecteur de convivialité qui fonctionne presque naturellement. La bonne humeur s’installe très vite », rappelle Sylvie Baril. En redonnant toute sa place à la convivialité, au partage et au faire ensemble, ce projet illustre tout le potentiel des tiers-lieux et ouvre des perspectives inspirantes pour les établissements souhaitant renforcer leur ancrage territorial et améliorer la qualité de vie des résidents.

> Article paru dans Ehpadia #43, édition d'avril 2026, à lire ici
 
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