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Les pharmaciens s’adaptent pour répondre aux demandes des EHPAD


Publié le Jeudi 3 Septembre 2020 à 10:02

Renforcement des règles d’hygiène, gestion des ruptures, approvisionnement en solution hydro-alcoolique… Qu’ils exercent dans une Pharmacie à Usage Interne (PUI), une officine ou un Groupement de Coopération Sanitaire (GCS), les pharmaciens desservant les EHPAD ont dû, eux aussi, s’adapter aux nombreux défis soulevés par la crise sanitaire. Partout en France, les initiatives se sont multipliées pour répondre à des problématiques inédites.


Patricia Demoly-Pouret, responsable de la PUI GCS des établissements sanitaire et médico-sociaux du Nord Franche-Comté. ©DR
Quelle que soit son fonctionnement, et malgré sa diversification organisationnelle, l’offre pharmaceutique dont bénéficient les EHPAD a dû s’adapter pour faire face à de nouvelles contraintes liées à la crise épidémique. Sur le plan interne, les pharmaciens ont  rapidement été confrontés à la réduction de leurs effectifs, touchés par la maladie ou devant s’absenter pour pallier la fermeture des écoles. « Nous [les deux associés de la pharmacie, NDLR] avons augmenté notre amplitude horaire », se souvient Julien, pharmacien titulaire d’officine, installé dans les Hauts-de-France. Sa structure, qui prépare les médicaments pour un EHPAD de sa commune, a dû en parallèle revoir ses protocoles en matière d’hygiène. « L’un des plus gros changements de ces dernières semaines a été la mise en place de mesures afin de limiter les risques de contamination, continue-t-il. Pour préparer les piluliers, par exemple, nous nous équipons de masques et de gants, puis nous garantissons un temps de repos qui réduit, lui aussi, les risques de contamination ». 

Des protocoles repensés

Chloë Bezel, en charge de la PUI du Centre Hospitalier du Vigan, dans les Cévennes gardoises. ©DR
En tant qu’intervenants externes, les pharmaciens d’officine ont également limité leurs contacts avec les équipes des EHPAD, déposant même les préparations « à l’entrée de la résidence », raconte le pharmacien. La situation était tout autre pour leurs homologues exerçant dans des structures intégrées, de type Pharmacie à Usage Interne (PUI). À la PUI Groupement de Coopération Sanitaire (GCS) des établissements sanitaire et médico-sociaux du Nord Franche-Comté, par exemple, la mise en place des mesures d’hygiène a été bien plus facile, d’autant que les équipes ont pu compter sur leur robot de préparation des doses à administrer (PDA). « Cet automate permet de limiter les risques de contamination », confie le Docteur Patricia Demoly-Pouret, responsable du GCS qui a tout de même renforcé le protocole de nettoyage des caisses permettant la dispensation, échangées entre la pharmacie et les six EHPAD membres du GCS. 

Pénurie de masques…

Ce renforcement des règles d’hygiène a été l’un des enjeux majeurs en période épidémique. Dans certains établissements hospitaliers desservant des EHPAD, les pharmaciens, parfois aussi en charge de l’hygiène, se sont mobilisés pour l’adoption des mesures barrières. Seule en poste au Vigan, dans les Cévennes gardoises, le Docteur Chloë Bezel, en charge de la PUI et de l’unité d’hygiène hospitalière au sein du centre hospitalier local – qui gère entre autres cinq EHPAD –, a participé à cette mise en place auprès des équipes soignantes. La pharmacienne, également responsable des Équipements de Protection Individuelle (EPI), a dû en parallèle faire face aux différentes pénuries et notamment des masques. « Les trois premières semaines ont été particulièrement tendues », se rappelle Chloë Bezel, qui n’a pu, au début, fournir qu’un seul masque par jour aux aides-soignants. 

… de solutions hydro-alcooliques…

Autre source de tension durant les premières semaines de la pandémie, l’approvisionnement en solutions hydro-alcooliques (SHA) pour garantir une hygiène des mains optimale à l’hôpital comme en EHPAD. Certains pharmaciens ont dû produire leur propre gel, d’autres, nombreux, ont pu compter sur la mobilisation collective, récupérant les stocks des municipalités ou faisant appel à de nouveaux fournisseurs. Ces nouveaux modes d’approvisionnement « nous ont obligé à revoir les circuits internes », explique Patricia Demoly-Pouret. « La SHA étant livrée conditionnée en grosse quantité, nous avons repensé la circulation et le traitement des flacons servant à la distribuer dans les différents établissements », précise la responsable qui s’est donc rapidement adaptée pour faire face à la demande croissante. 

… et de médicaments

S’adapter et prévoir, tels ont été les maîtres-mots d’une majorité de professionnels de santé ces dernier mois – toutes spécialités confondues. « Voyant la vague épidémique arriver et sachant que la plupart des médicaments sont produits en Asie, nous avons rapidement constitué un stock de deux à trois mois pour garantir l’approvisionnement des molécules utilisées dans la confection des piluliers », raconte Julien. Le GCS du Nord Franche-Comté avait fait de même, anticipant en outre l’augmentation de ses stocks et des dotations en oxygène. Malgré ces précautions, certains ont dû faire face à des pénuries de médicaments, notamment en ce qui concerne le Doliprane suppositoire, « qui est très difficile à stocker », explique le pharmacien d’officine. Pour Chloë Bezel, alors que le Centre Hospitalier du Vigan possède également une unité de Lits Identifiés Soins Palliatifs (LISP), les problématiques issues de ces ruptures étaient encore plus prégnantes : l’établissement utilise en effet du midazolam, l’une des cinq molécules concernées par les achats nationaux car très utilisée dans les services de réanimation. Depuis le début du mois de mai, la PUI renseigne l’état de ses stocks et ses besoins d’approvisionnements sur la plateforme mapui.fr. 

Vers une meilleure autonomie sur les circuits d’approvisionnement ?

Si ce système opéré par l’État, et la mise en place de circuits d’achats nationaux, ont sans conteste bénéficié aux pharmacies hospitalières, leur impact a été moindre pour d’autres types de structures qui ont dû trouver elles-mêmes les moyens de pallier les manques. « Nous y sommes habitués ! », réagit Patricia Demoly-Pouret pour qui « de telles ruptures arrivent tout au long de l’année ». Face à cette situation, de nombreux pharmaciens, qu’ils exercent en PUI, en GCS ou en officine, appellent à une meilleure gestion des stocks et de l’approvisionnement. « Une plus grande autonomie en matière de médicaments est nécessaire », note Patricia Demoly-Prouet qui souhaite également qu’un processus similaire soit mis en place pour les EPI. Cette nouvelle approche a d’ailleurs commencé à prendre forme : suite à la crise sanitaire et à la nécessité, pour les EHPAD, de se constituer un stock plus important en masques, le GCS du Nord Franche-Comté a mis en œuvre les organisations qui permettront de les alimenter prochainement. « Ces nouveaux circuits d’approvisionnement seront mis en place à la fin de l’été », annonce la responsable qui assure ainsi une plus grande autonomie aux EHPAD en matière d’EPI. 



Article publié sur le numéro de juillet d'Ehpadia à consulter ici
 


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