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"La filière du grand âge, victime du déséquilibre entre l’offre et la demande"


Publié le Lundi 16 Février 2026 à 11:09



Xerfi vient de publier une étude sous le titre : " La prise en charge du grand âge et de la dépendance – Services à domicile, EHPAD et habitats intermédiaires : perspectives et stratégies face au vieillissement démographique ".




"La filière du grand âge, victime du déséquilibre entre l’offre et la demande"

Évalué à plus de 30 milliards d’euros, le « marché » du grand âge dispose a priori d’un potentiel de croissance conséquent sous l’effet du vieillissement de la population. Fragilisés par des ressources insuffisantes, les acteurs de la filière sont pourtant à la peine. Les structures publiques, privées et associatives qui assurent l’hébergement, l’aide, les soins et l’accompagnement des seniors entrent de fait dans une période à haut risque entre le énième report du plan grand âge, un sous-financement public chronique face à des besoins en hausse et le manque de personnel. Ce qui menace la capacité de réponse des professionnels et la qualité de l’accompagnement des aînés. Dans le même temps, les parcours des personnes âgées se complexifient et deviennent plus hybrides, alternant entre maintien à domicile et séjours ponctuels en structure. Les experts de Xerfi s’attendent à ce que la filière du grand âge reste sous-dimensionnée d’ici 2030. En clair, la croissance du nombre de seniors dépendants sera supérieure à l’augmentation des capacités de prise en charge pour les seniors.  
 

Pour mémoire, la France compte actuellement environ 840 000 lits/logements disponibles dans les établissements d’hébergements pour seniors (EHPAD, résidences autonomie, résidences services seniors et habitats partagés). Rappelons également que les plus de 60 ans seront plus de 24 millions de d’ici 2050 (dont plus de 3,5 millions en perte d’autonomie), contre 19 millions aujourd’hui. Face à ce vieillissement accéléré, il faudrait ouvrir plus de 130 000 nouvelles places d’ici 2030, puis plus de 250 000 ensuite, pour les seuls EHPAD et résidences autonomie. Dit autrement, cela reviendrait à créer chaque année plus de 25 000 nouvelles places dans ces structures entre 2025 et 2030.
 
Des objectifs ambitieux alors même que les pouvoirs publics veulent mettre l’accent sur le maintien à domicile, en particulier dans un environnement budgétaire contraint, et que les personnes âgées et leurs familles peuvent rencontrer des difficultés financières pour assumer le reste à charge (médian de 2 000 euros par mois  pour un résident d’EHPAD). Mais pour concrétiser le « virage domiciliaire », il faudrait créer plus de 60 000 équivalents temps plein supplémentaires d’ici 2030. Or, la pénurie de main d’œuvre risque d’être encore marquée ces prochaines années. D’ores et déjà de nombreuses structures sont contraintes de refuser des prises en charge, faute de personnel disponible.
 
Quant aux concepts d’habitats partagés (colocations seniors, béguinages, accueils familiaux …), s’ils se développent à vive allure, leur poids ne devrait pas dépasser 1% de l’ensemble des hébergements pour seniors d’ici 2030, selon les experts de Xerfi.  
 

Les métiers du grand âge sont par ailleurs confrontés à un modèle économique fragile, difficile à équilibrer. Environ 60% des EHPAD publics et privés à but non lucratif sont par exemple déficitaires. La situation n’est guère plus enviable du côté des résidences autonomie qui doivent consentir des investissements conséquents pour moderniser et rénover un parc vieillissant. Les structures à domicile ne sont pas non plus épargnées par les difficultés financières. Le tarif socle pour une heure d’aide à domicile en 2026 (25 euros de l’heure) est ainsi jugé inférieur au coût de revient desdites structures.


L’impératif d’articuler domicile/établissement

Face à l’élévation du niveau de dépendance des aînés, les acteurs gagnent en technicité et en coordination pour assurer des prises en charge plus complexes. Aujourd’hui les RSS et les résidences autonomie accueillent des seniors dont les niveaux de dépendance sont comparables à ceux des EHPAD au début des années 2000. En parallèle, les acteurs du grand âge adaptent leur offre aux nouveaux besoins. A titre d’exemple, les EHPAD ouvrent davantage d’unités dédiées à la grande dépendance et se renforcent dans l’accompagnement des maladies cognitives et les soins palliatifs.
 
Surtout, les initiatives pour coordonner les parcours se multiplient. L’articulation domicile/établissement devient en effet cruciale pour garantir un accompagnement de qualité et éviter les ruptures de prise en charge alors que les parcours hybrides (alternance de maintien à domicile et de séjours ponctuels en structure) montent en puissance. A titre d’exemple, certains réseaux de services à domicile, comme ceux de Oui Care ou d’AUXI’life, intègrent peu à peu la fonction de « care manager » ou de « conseiller autonomie » pour proposer des solutions pour chaque besoin des seniors et/ou de leurs aidants, à l’image d’une assistante sociale.


Le recentrage des EHPAD, source d’opportunités pour les autres acteurs

Le paysage concurrentiel dans la filière du grand âge se recompose peu à peu à la faveur des cessions d’actifs des plus grands groupes d’EHPAD, suite à l’affaire Orpea. Plusieurs d’entre eux n’ont en effet pas eu d’autre choix que de se séparer d’une partie de leurs activités pour se désendetter depuis 2021, alors qu’ils avaient cherché à intégrer tous les maillons de la filière pendant les années 2010. Clariane a cédé Petits-fils et Les Essentielles, Colisée s’est séparé d’Onela, tandis qu’Emeis a vendu une partie de son patrimoine immobilier.
 
Ces opérations ont été source d’opportunités pour des acteurs de taille intermédiaire du grand âge ou de nouveaux entrants. C’est notamment le cas de Ouihelp et de Fondation Santé Service qui se sont renforcés dans les services à domicile par des acquisitions ciblées auprès de Colisée et de Clariane. Le groupe Crédit Agricole qui, un peu à l’image de La Poste, souhaite couvrir les besoins de ses clients dans la santé et l’accompagnement du vieillissement, est pour sa part en passe de racheter Petits-fils, premier acteur en France des services aux seniors à domicile. À moyen terme, d’autres cessions pourraient être initiées par les groupes d’EHPAD sous la pression de leurs créanciers. 
 

Auteur de l’étude : Cathy Alegria


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