Blanchisserie

Les exosquelettes s’invitent dans les blanchisseries hospitalières


Publié le Mercredi 28 Juin 2023 à 12:30

Utilisés depuis plusieurs années dans l’industrie, les exosquelettes investissent dorénavant les blanchisseries hospitalières, toujours plus nombreuses à opter pour ces équipements contribuant à la réduction des risques musculo-squelettiques.


Enjeu ô combien prégnant dans la vie d’une blanchisserie hospitalière, la prévention des troubles musculo-squelettiques (TMS) peut prendre plusieurs formes. Si les formations relatives à l’acquisition des bons gestes et postures y ont cours depuis déjà plusieurs années, un nouvel équipement a plus récemment fait son apparition : l’exosquelette, une technologie déjà utilisée dans l’industrie, notamment aéronautique et automobile, pour faciliter le port de charges lourdes et limiter leur impact sur les bras des agents.

La BIH 77 pionnière

Dans le monde des blanchisseries hospitalières, la première structure à sauter le pas a été le GCS Blanchisserie Interhospitalière 77 de Meaux, achetant trois exosquelettes de différentes tailles dès 2019. Couvrant le haut du corps, ces exosquelettes mécaniques intègrent tout un système de ressorts réglables, ce qui leur permet d’apporter de l’aide sur environ 30 % du poids d’un sac. « Ayant eu connaissance de l’utilisation de cette technologie dans l’industrie automobile, j’ai contacté l’un des fabricants pour me renseigner sur l’outil et sa possible intégration à nos usages. Cette société n’avait alors pas conscience des besoins des blanchisseries hospitalières, mais elle s’est rapidement adaptée », se souvient Serge Gibert, responsable de la BIH 77. Un essai grandeur nature et l’obtention de financements, via notamment Cap Emploi, ont rapidement su convaincre ses équipes.

Aujourd’hui, celles-ci utilisent donc ces trois exosquelettes, d’une valeur de 5 000 euros pièce, à différents postes tels que le tri du linge sale et propre, l’accrochage des vêtements ou encore la maintenance. « Nos modèles étant les premiers intégrés à une BIH, ils sont un peu lourds et sont donc utilisés uniquement sur des postes fixes pour des créneaux d’une à deux heures maximum », complète le responsable qui insiste néanmoins sur les avantages ressentis par les agents qui y ont recours. « Les exosquelettes sont en libre-service, chacun les utilise ou non suivant ses besoins. Et certains y voient une réelle amélioration, surtout sur les postes de tri du linge sale », poursuit-il.

À La Rochelle, un exosquelette depuis plus d’un an

Forts de cette première expérimentation et surtout de ses retours positifs, d’autres établissements se sont eux aussi penchés sur cette technologie. Le Groupe Hospitalier Littoral Atlantique, installé à La Rochelle, a ainsi décidé de prendre un nouveau virage : depuis plus d’un an, ses agents ont à leur disposition un exosquelette dans la zone de tri, où sont réceptionnés chaque jour 700 sacs, pesant chacun entre 10 et 15 kg. Les agents bénéficient alors de l’exosquelette pour alléger la charge portée. « Ils s’en servent au quotidien », assure Vincent Pacton, responsable d’exploitation pour la blanchisserie : « Tous les opérateurs du secteur Tri du linge et Accrochage ont été formés au réglage et à l’utilisation de l’exosquelette, qui est mis à leur disposition et utilisé suivant les préférences de chacun. Certains y ont recours en continu, d’autres ne s’en servent que sur certains temps de la journée ».

En tout état de cause, cet exosquelette sélectionné et testé avec les utilisateurs eux-mêmes plaît, d’autant plus qu’il contribue à réduire la fatigue quotidienne. « Il s’agit là d’un effet immédiat, régulièrement souligné dès lors que nous interrogeons les agents sur leur satisfaction vis-à-vis de l’équipement », poursuit Vincent Pacton qui précise également que « si l’exosquelette apporte une aide indéniable dans le cadre de la lutte contre les TMS, il est bien évident que celles-ci ne diminuent pas du jour au lendemain. Il s’agit d’un objectif à long terme ».

Vers une utilisation dans d’autres activités médico-sociales ?

Dans cette même optique, plusieurs unités du Groupement Hospitalier Littoral Atlantique confrontées à des problématiques similaires considèrent également l’acquisition de systèmes d’aides posturales, à l’instar du service Restauration. « La question se pose pour tous les métiers où les postures et les tâches entraînent des TMS importants », résume Serge Gibert. Et bon nombre d’acteurs semblent s’intéresser de plus en plus à cette technologie. La coopérative d’achat hospitalier, UniHA, a ainsi créé un groupe de travail portant uniquement sur le sujet. À terme, les exosquelettes devraient donc s’implanter plus largement dans tous les champs des secteurs hospitaliers et médico-sociaux. Mais pour aller plus loin, « il manque aujourd’hui un positionnement clair de la part de la médecine du travail, des ergothérapeutes et des kinésithérapeutes », indique Serge Gibert qui espère qu’à l’avenir, ces professionnels se pencheront eux aussi sur le sujet, ce qui ne manquera pas de faciliter l’implantation de la technologie dans les blanchisseries, mais aussi dans les autres services potentiellement concernés, y compris à terme pour l’aide au transfert des patients et résidents.

Article publié dans le numéro de juin d'Ehpadia à consulter ici


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