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Médecin coordonnateur, IDEC et directeur, un trio qui doit être “solide”


Rédigé le Mardi 25 Août 2020 à 09:42

Essentiels au suivi du parcours de soins des résidents, les médecins coordonnateurs et les Infirmiers Diplômés d’État Coordinateurs (IDEC) ont dû faire face à la crise sanitaire tout en gérant les nombreuses pénuries d’équipements et de produits de première nécessité. Outre la nécessité d’améliorer les réseaux d’approvisionnement, cette situation exceptionnelle a mis en lumière l’importance d’une bonne articulation entre médecin coordonnateur, IDEC et directeur.


Nathalie Maubourguet, présidente de la FFAMCO-EHPAD. ©DR
Nathalie Maubourguet, présidente de la FFAMCO-EHPAD. ©DR
Assurant le suivi des soins des résidents en EHPAD, les médecins coordonnateurs et les Infirmiers Diplômés d’État Coordinateurs (IDEC) ont, comme beaucoup d’autres, dû s’adapter et adapter leurs pratiques pour faire face à la crise sanitaire. Aménagement de secteurs Covid, gestion des cas suspects ou confirmés… Les enjeux de ces dernières semaines ont été nombreux. « Nous n’avions ni les moyens techniques, ni les moyens pratiques pour gérer correctement la situation », constate le Docteur Nathalie Maubourguet. La présidente de la Fédération Française des Associations de Médecins Coordonnateurs en EHPAD (FFAMCO-EHPAD) regrette tout particulièrement le manque d’Équipements Individuels de Protection (EPI) qui « a engendré un risque de contamination pour toutes les équipes ». 

Anne-Hélène Decosne, présidente par intérim de la FFIDEC. © DR
Anne-Hélène Decosne, présidente par intérim de la FFIDEC. © DR

Faire face aux pénuries

« Prendre le risque pour nous est une chose que nous avons intégrée depuis longtemps, mais exposer les autres est totalement en-dehors de nos schémas habituels », continue le médecin. Outre ces pénuries qui ont touché la quasi-totalité des établissements sanitaires et médico-sociaux en France, les équipes des EHPAD ont également dû faire face aux manques de médicaments et de matériel de soins, ainsi qu’à une baisse des effectifs. « La crise a mis en exergue la problématique du recrutement en EHPAD, soulevée depuis des années par les professionnels », note Anne-Hélène Decosne, présidente par intérim de la Fédération Française des Infirmières Diplômées d’État Coordinatrices (FFIDEC). Mise en avant par les pouvoirs publics pour justement adresser cet enjeu, la réserve sanitaire « n’a pas réellement été utilisée en EHPAD », constate Nathalie Maubourguet qui regrette un circuit de déclenchement « trop complexe » du dispositif. « Pour l’avenir, il va falloir revoir ce système afin que les démarches administratives soient simplifiées en cas de crise », souligne le médecin. 

Un trio incontournable

Le plus fort de la crise sanitaire étant désormais derrière nous, les deux professions en tirent aujourd’hui les premiers enseignements. Outre le besoin d’une meilleure gestion des stocks d’EPI et de médicaments, et d’une revalorisation de la relation ville-hôpital, elles insistent sur la nécessité de disposer au sein de l’établissement « d’un triptyque » médecin coordonnateur - IDEC - directeur « solide ». « Lors de la crise, ce trio s’est renforcé et a montré son importance capitale », constate Anne-Hélène Decosne. « La fonctionnalité, ou non, de ce trinôme a un impact fort sur la qualité des soins », complète 
Nathalie Maubourguet qui insiste sur la nécessité de disposer d’un médecin coordonnateur au sein de chaque EHPAD : « Les établissements qui n’ont pas de médecins coordonnateurs ont connu des difficultés supplémentaires dans la gestion de la crise. Si la situation dure depuis plusieurs années, les responsables doivent réellement s’interroger sur les rémunérations proposées ainsi que sur leur vision du métier ! ».

Quel cadre légal pour les IDEC ?

Autre élément indispensable dans la gestion du parcours de soins des résidents, les IDEC ont aussi prouvé leur rôle essentiel. Pourtant, « aucun texte légal ne légifère pour l’instant les missions des IDEC », regrettent les deux professionnelles. « Au-delà des glissements de tâche, qui peuvent être importants suivant les établissements, l’absence de loi nous empêche de bénéficier d’une formation dédiée et d’une grille salariale adaptée », ajoute Anne-Hélène Decosne qui demande que plusieurs missions des IDEC, comme l’accompagnement de proximité des équipes, l’organisation des soins ou encore la coordination du parcours gériatrique du patient, soit reconnues. Cet appel, la FFIDEC espère bien qu’il sera entendu dans le cadre du Ségur de la santé et de la future loi Grand âge et autonomie. Il s’ajoute aux demandes de la FFAMCO-EHPAD qui en appelle également à une meilleure reconnaissance des missions des IDEC et à leur revalorisation salariale, mais aussi à la mise en place d’une grille salariale spécifique aux médecins coordonnateurs dans le public ainsi qu’à une plus grande indépendance de ces praticiens vis-à-vis de leur direction. « Nous devons pouvoir être libres de ton et de parole », précise Nathalie Maubourguet qui s’inquiète, comme Anne-Hélène Decosne, de la prise en compte effective de leurs demandes lors des concertations du Ségur de la santé. « Le médico-social est en fin de compte très peu intégré aux débats qui se concentrent principalement sur les aspects sanitaires », constatent, déçues, les deux professionnelles de santé. 




 

Pascal Meyvart, médecin généraliste en Alsace. ©DR
Pascal Meyvart, médecin généraliste en Alsace. ©DR

« On s’est battu à mains nues »

Médecin généraliste en Alsace, le Docteur Pascal Meyvaert est aussi médecin coordonnateur en EHPAD. Confronté très tôt à l’épidémie, il a dû adapter ses pratiques au sein de l’établissement, et ce, avant même les annonces gouvernementales du début de crise. « La région a été totalement submergée en une dizaine de jours », raconte le médecin qui a été confronté à différentes pénuries dès le début de l’épidémie. « Le maître-mot des premiers jours a été “système D”, poursuit-t-il. Que ce soit pour les EPI ou les médicaments, nous avons dû nous débrouiller pour trouver des alternatives ». En plus de ces manques, le médecin coordonnateur a également dû faire face à des tests PCR en nombre insuffisant. « Jusqu’à la mi-avril, nous avons dû nous battre pour pouvoir effectuer des tests et agir ainsi plus efficacement dans l’isolement des cas confirmés », continue-t-il. « Ce manque a posé d’énormes problèmes. On peut réellement dire qu’on s’est battu à mains nues », complète le Docteur Pascal Meyvaert qui, installé à deux kilomètres de la frontière allemande, a vu nos voisins d’outre-Rhin disposer de tests rapidement. « Pour moi, la mauvaise gestion des stocks et le “tout hospitalier” ont été les principales erreurs de cette crise », confie le médecin qui a également été confronté à des refus d’hospitalisation. « C’était un vrai cauchemar, continue-t-il. Nous n’avions ni les moyens techniques et ni le matériel pour gérer autant de complications respiratoires sévères. Même si j’ai bien conscience que tous les EHPAD n’ont pas dû y faire face, ces refus d’hospitalisation ne devraient tout simplement pas exister ».  


Article publié sur le numéro de juillet d'Ehpadia à consulter ici
 



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