Ehpadia, le magazine des dirigeants d'EHPAD

À Sens, Clariane et l’hôpital public réunissent clinique et EHPAD sous le même toit


Publié le Vendredi 6 Novembre 2026 à 09:32



Lauréate de l’initiative « Projets inspirants pour la France » portée par l’Afep et des élus de tous bords, la Clinique Inicea du Sénonais (groupe Clariane) partage son bâtiment avec l’EHPAD public du centre hospitalier de Sens (Yonne). Un an après leur inauguration conjointe, cette coopération offre aux habitants du nord de l’Yonne un parcours de soins sans rupture, de l’hôpital à la maison de retraite, dans un rayon de 500 mètres.




Cette neuvième étape du tour de France des “Projets Inspirants” met en lumière une collaboration public-privé en santé encore rare en France. Boulevard Maréchal-Foch, le groupe Clariane a ouvert en septembre 2024 la Clinique de soins médicaux et de réadaptation (SMR) Inicea du Sénonais : 85 lits d’hospitalisation complète et 35 places d’hôpital de jour. En juillet 2025, le centre hospitalier de Sens a installé au premier étage du même bâtiment son nouvel EHPAD public de 50 chambres individuelles.  Cette proximité favorise la fluidité du parcours de soins et l’accompagnement des patients. Après une intervention ou une hospitalisation au Centre Hospitalier, le patient peut poursuivre sa rééducation à la Clinique du Sénonais puis, si un retour à domicile n’est pas immédiatement envisageable, bénéficier d’un accueil en EHPAD au sein du même site. 

Ce mardi 3 novembre 2026, quelques jours avant le premier anniversaire de l’inauguration conjointe du site, le 7 novembre 2025, Paul-Antoine de Carville, maire de Sens et président de la Communauté d’agglomération du Grand Sénonais, Jean Salomon, préfet de l’Yonne, Milena Sigalat, directrice de la clinique, et Véronique Robin, directrice générale du groupement hospitalier Nord Yonne, accueillent la délégation des Projets Inspirants pour la France. Au programme : la visite de chambres côté clinique et côté EHPAD, à la rencontre de patients et de résidents, puis du plateau technique de rééducation. 

D’une abbaye à bout de souffle à un bâtiment neuf

Avant son installation sur le boulevard Maréchal-Foch, la clinique était implantée au sein de l’ancienne clinique Sainte-Colombe à Saint-Denis-lès-Sens. Si ce bâtiment historique présentait un caractère architectural remarquable, il ne répondait plus pleinement aux exigences actuelles de prise en charge : accessibilité limitée, espaces peu adaptés à l’activité de soins et performances techniques devenues insuffisantes. 

L’établissement était alors dédié à la médecine polyvalente et comptait 45 salariés. L’absence d’infrastructures adaptées ne permettait pas de développer une offre de rééducation répondant aux besoins du territoire. De nombreux patients devaient ainsi être orientés vers d’autres établissements, parfois éloignés, notamment pour certaines prises en charge spécialisées en réadaptation neurologique. 

Le projet naît en 2017. Il prévoit d’abord une plateforme de rééducation partagée : quatre spécialités pour Clariane, la gériatrie pour l’hôpital public. Celui-ci choisit ensuite d’y installer un EHPAD, au moment où il rénove l’ensemble de ses maisons de retraite. Cette réalisation a été rendue possible grâce à une forte mobilisation des acteurs du territoire.  

Marie-Louise Fort, alors maire de Sens, fait le lien entre tous : elle aide à obtenir le terrain et met en relation l’hôpital, l’agence régionale de santé et le groupe Clariane. Après son décès en septembre 2022, son adjoint Paul-Antoine de Carville, élu maire à 31 ans, a poursuivi son engagement en accompagnant la concrétisation du projet. Cette dynamique partenariale, fondée sur un dialogue constant entre la Ville de Sens, le Centre Hospitalier et la Clinique du Sénonais, a constitué un facteur clé de réussite tout au long des phases de conception, de construction et de mise en œuvre du projet. 

Un parcours de soins à la verticale

Le modèle repose sur une coopération public-privé vertueuse. Le groupe Clariane a assuré la construction du bâtiment, tandis que le Centre Hospitalier de Sens occupe et exploite le premier étage dans le cadre d’une location. Cette organisation a permis au centre hospitalier de bénéficier d’infrastructures modernes sans avoir à supporter seul le coût d’un nouvel établissement. 

Les résidents de l’EHPAD profitent ainsi de chambres offrant le même niveau de confort et d’équipement que celles de la clinique, tout en conservant les tarifs d’un établissement public. Par ailleurs, l’ensemble des chambres est doté de rails de transfert motorisés, financés avec le soutien de l’Union européenne. Ces équipements contribuent à sécuriser les mobilisations des résidents, à améliorer leur confort et à préserver les conditions de travail des professionnels en réduisant les contraintes physiques liées aux transferts. 

Au quotidien, les deux établissements, bien qu’autonomes dans leur fonctionnement, développent une coopération étroite au service des patients et des résidents. Le Centre Hospitalier de Sens oriente une part importante des patients pris en charge à la Clinique du Sénonais, tandis que cette dernière contribue à répondre aux besoins du territoire en accueillant des patients lorsque les capacités hospitalières sont contraintes. 

Cette complémentarité s’illustre également par des collaborations opérationnelles concrètes, notamment à travers l’approvisionnement de la clinique par la pharmacie du Centre Hospitalier. Par ailleurs, près de la moitié des résidents de l’EHPAD ont bénéficié auparavant d’une prise en charge au sein de la clinique. 

Afin de favoriser une transition sereine vers l’EHPAD, des visites de préadmission sont organisées avec les futurs résidents et leurs proches. Cette démarche leur permet de découvrir leur futur lieu de vie et de se familiariser avec un environnement offrant un niveau de confort et de prestations comparable à celui de la clinique. Cette continuité contribue à limiter les changements de repères et à faciliter l’adaptation des personnes âgées les plus fragiles. 

Cette organisation illustre la volonté commune des deux établissements d’assurer un parcours de soins et de vie fluide, coordonné et centré sur les besoins des patients et des résidents. 

Une offre de soins renforcée pour tout le nord de l’Yonne

L’ouverture de ce nouvel établissement a permis d’enrichir considérablement l’offre de soins du territoire en développant des prises en charge jusqu’alors très peu développées localement. La Clinique du Sénonais dispose désormais de quatre filières spécialisées : la neurologie, l’appareil locomoteur, la nutrition et la médecine polyvalente. 

La filière de rééducation neurologique, créée en réponse à un besoin identifié sur le territoire en lien avec les acteurs de santé locaux, a notamment permis le déploiement de consultations spécialisées en neurologie. En octobre 2026, le plateau technique s’est également doté d’un simulateur de conduite destiné à accompagner la réadaptation et l’évaluation des capacités de conduite des patients, notamment après un accident ou une pathologie neurologique. 

Cette dynamique de développement s’est accompagnée d’un renforcement significatif des équipes, les effectifs étant passés de 45 à 84 équivalents temps plein, témoignant de la montée en puissance de l’établissement au service des besoins de santé du territoire. 

L’enjeu dépasse les limites de la commune : Sens compte 27 106 habitants, mais la clinique dessert un bassin d’environ 100 000 personnes, dans un territoire vieillissant. Les patients sont soignés près de chez eux et de leurs familles. Début octobre, la clinique et le groupement hospitalier ont dressé le bilan de leur première année de coopération : « très positif ». Forts de ces résultats, les deux partenaires réfléchissent d’ores et déjà aux prochaines étapes de leur collaboration afin de renforcer encore la continuité des parcours de soins et de développer de nouvelles synergies au bénéfice des patients, notamment dans le domaine de la neurologie. 

Une initiative sélectionnée parmi les “Projets Inspirants pour la France”

Sens accueille la 9e étape du Tour de France des Projets Inspirants après Saint-Dizier, Laval, Eaubonne, Saint-Chély-d’Apcher, Nancy, Albi, Dunkerque et Cognac. Portée par l’association Tandem avec l’Afep, l’initiative met en lumière des projets territoriaux nés de coopérations entre acteurs publics et privés. Le projet sénonais illustre une coopération en santé pensée autour du parcours du patient, construite avec la Ville, la Communauté d’agglomération du Grand Sénonais, le centre hospitalier et l’agence régionale de santé. Son principe, partager un même bâtiment pour mieux se coordonner, peut inspirer d’autres territoires  

Paul-Antoine de Carville, maire de Sens et président de la Communauté d’agglomération du Grand Sénonais : « Les frontières entre public et privé sont souvent très affirmées. Quand elles bougent un peu, à la fin, tout le monde y gagne. À Sens, la bonne coopération entre la clinique privée et l’hôpital public permet une meilleure prise en charge des patients au service de tout le territoire. » 

Milena Sigalat, directrice de la Clinique SMR Inicea du Sénonais : « Nous parlons d'une véritable alliance territoriale. Nous ne travaillons pas simplement côte à côte : nous construisons ensemble des solutions pour fluidifier les parcours de soins et mieux répondre aux besoins des patients. Un an après l'inauguration du site, le bilan de cette coopération est particulièrement positif. » 

Véronique Robin, directrice générale du groupement hospitalier Nord Yonne et du centre : « L’essentiel de la coopération se joue sur le terrain. Les professionnels des deux structures travaillent en étroite synergie et fonctionnent, dans de nombreuses situations, comme deux services d’un même établissement. Cette complémentarité permet d'offrir des réponses plus réactives, de mieux coordonner les prises en charge et de garantir aux patients comme aux résidents un accompagnement de qualité, sans rupture dans leur parcours. » 

 

À propos des Projets Inspirants pour la France 

L'association Tandem a lancé son Tour de France des Projets Inspirants, une opération qui rassemblera chaque année 200 élus locaux et dirigeants d'entreprises à travers une quarantaine d'étapes, partout en France, dans le but de mettre en valeur les projets à fort impact territorial, portés conjointement par des entreprises et des élus. 

L'objectif : mettre en valeur des solutions venues des territoires qui peuvent, en se dupliquant, contribuer à transformer la France. Illustration en vidéo avec les premiers déplacements, à Saint-Dizier le 8 juillet, Laval le 16 juillet et Eaubonne le 19 septembre. 

L'ambition : valoriser les solutions plutôt que les problèmes, les coopérations plutôt que la confrontation, les alliances plutôt que les divisions, sous toutes leurs formes : entre le public et le privé, entre les élus locaux de différentes étiquettes, entre les entreprises et entre les territoires. 

Le casting : un “tandem” constitué : 
  • d'une part, d'élus locaux de tous bords – l'association est coprésidée par Florian Bercault, maire de Laval, divers gauche, et Quentin Brière, maire de Saint-Dizier, divers droite ; elle sera accueillie dans ses premiers déplacements par des élus aussi divers que Mathieu Klein, maire de Nancy, Patrice Vergriete, maire de Dunkerque, ou Grégory Doucet, maire de Lyon.. 
  • d'autre part, des entités locales des plus grandes entreprises françaises, rassemblées au sein de l'Afep, l'association des grandes entreprises françaises, qui ont accepté d'ouvrir leurs portes pour cette opération exceptionnelle. 
 
Les projets : les initiatives sélectionnées répondent à trois critères principaux. La coopération : elles sont portées conjointement par une entreprise et une collectivité.

L'impact : elles produisent un effet positif, concret et mesurable pour les habitants sur les plans territoriaux, économiques, sociaux, éducatifs, écologiques, sanitaires etc. Le caractère inspirant : l'initiative, dans ses principes et sa méthode, a le pouvoir d'en inspirer d'autres ailleurs sur le territoire. 

Le calendrier : le premier tour de France se déroule de juillet 2026 au printemps 2027, au rythme d'une étape par semaine. Après Saint-Dizier, Laval, Eaubonne, Saint-Chély-d’Apcher, Nancy, Albi, Dunkerque , Cognac, il se poursuivra notamment à Bordeaux, Marseille ou encore Toulouse dans les prochaines semaines.