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Égalité femme-homme à l’hôpital : « le panorama reste préoccupant »


Publié le Lundi 11 Avril 2022 à 11:54

L’association Donner des ELLES à la santé présentait hier les résultats de la 3ème édition de son baromètre Égalité Santé. Menée avec Ipsos, cette étude fait état d’une situation qui « ne s’améliore pas ».


Fondée il y a trois ans, l’association Donner des ELLES à la santé s’attache à réduire les inégalités femme-homme dans le monde de la santé et plus particulièrement à l’hôpital. Chaque année depuis sa création, l’association réalise une étude, un baromètre de la situation autour de l’égalité en santé. Présentés jeudi 7 avril dans une émission en ligne, les résultats de la 3ème édition sont sans appel : « Aujourd’hui, à l’hôpital, 85 % des femmes médecins déclarent s’être senties discriminées du fait de leur sexe dans leur parcours professionnel, et 80 % disent avoir déjà été victimes de comportements sexistes », constatent les agents d’Ipsos, l’institut en charge d’effectuer cette enquête.

 

Une satisfaction professionnelle toujours forte, mais en décroissance

©Ipsos
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Réalisée entre le 2 février et le 2 mars 2022 auprès de 521 médecins hospitaliers, femmes et hommes confondus, l’étude a été divisée en plusieurs parties : satisfaction professionnelle, discrimination et sexisme. Et sur le premier point, même si la tendance est bonne avec 77 % de médecins se disant satisfaits de leur vie professionnelle, « elle se détériore de 5 points par rapport à 2021 », constate Adeline Merceron, responsable d’activité Santé à Ipsos. L’étude met ainsi en évidence que 29 % des interrogés réfléchissent « très sérieusement » à démissionner de leurs fonctions hospitalières ou à ne plus exercer la profession de médecin. « Les femmes médecins se déclarent toujours moins satisfaites que les hommes sur la totalité des indicateurs concernant leur vie professionnelle », complète Adeline Merceron. Les différences sont plus spécifiquement marquées sur le niveau d’avancement (76 % contre 83 % pour les hommes), le respect de la parité pour les postes à responsabilité (60 % contre 84 % pour les hommes), l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée (51 % contre 66 % pour les hommes) et la rémunération (41 % contre 53 % pour les hommes).

 

Les discriminations, de réels freins pour la carrière

©Ipsos
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Parallèlement à ce constat, les discriminations persistent. Le baromètre 2022 indique ainsi que 85 % des femmes se sont déjà senti « discriminées du fait de leur sexe dans leur parcours depuis leurs études jusqu'à aujourd'hui ». Comparable à 2021, ce taux a tendance à augmenter lors des premières années d’études. Ainsi, 37 % des femmes interrogées disent avoir été discriminées durant ces trois premières années (+ 5 points par rapport à 2021), 55 % lors de l’externat, 59 % à l’internat, 48 % au clinicat, 51 % lors des premières années de carrière et 42 % par la suite.
                                                   
Parmi les points mis en avant par l’étude, la différence de représentation entre les hommes et les femmes est aussi à soulever. Pour 72 % des femmes, par exemple, les hommes sont plus présents qu’elles dans les activités de représentation. Ce chiffre n’est que de 47 % si l’on interroge les hommes. « Et ce phénomène est visible dans plusieurs autres thématiques », indique Étienne Mercier, directeur Opinion et Santé à Ipsos. Pourtant, l’étude met bien en évidence le plafond de verre auquel sont confrontées les femmes médecins lors de leur carrière. Ainsi, si 72 % pour des femmes, les hommes sont plus présents dans les activités de représentation, 68 % des femmes considèrent « qu’à travail égal, les hommes sont plus valorisés que les femmes », 65 % déclarent que « les femmes médecins se voient dire que la maternité et la vie de famille les empêcheront d’accéder à des postes à responsabilité », 40 % qu’elles « manquent d’ambition » et 36 % qu’elles ont « moins de capacité que les hommes ».
 

 

Le sexisme toujours présent à l’hôpital

©Ipsos
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L’un des résultats essentiels de ce baromètre 2022 est le niveau « très élevé » des violences sexistes. « Et cela ne change pas malgré les années », constate Étienne Mercier. 80 % des femmes médecins affirment ainsi avoir été victimes de comportements sexistes au sein de l’hôpital. Elles déclarent subir des propos déplacés sur leur physique et leurs compétences professionnelles à 67 %, des questions et des comportements intrusifs sur leur vie privée ou sexuelle à 53 %, et des gestes inappropriés à connotation sexuelle pour 33 % d’entre elles. À noter que 24 % des femmes disent avoir déjà vécu des pressions répétées pour obtenir des faveurs sexuelles et 17 % avoir vécu des situations d'agression sexuelle.
 
Cette situation ne semble pas échapper aux hommes médecins hospitaliers qui déclarent « avoir eu connaissance de propos déplacés sur le physique d’étudiantes ou de femmes médecins » pour 77 % d’entre eux, sur « leurs compétences professionnelles » pour 69 % et « des comportements intrusifs sur leur vie privée ou sexuelle » pour 56 %. « Un tiers d'entre eux déclare même avoir eu connaissance de situations d’agressions sexuelles (33 %) », constate en outre le rapport qui fait également état de stéréotypes tenaces : « Beaucoup d’hommes considèrent que les femmes médecins à l’hôpital doivent sacrifier en partie leur vie de famille (64 %, +4 points depuis 2021), que l’on exagère les inégalités entre les sexes dans le milieu hospitalier (63 %, +1 point), ou encore que les hommes sont plus ambitieux que les femmes (39 %, comme en 2021). » De leur côté, 80 % des femmes sont convaincues « qu’il est plus difficile pour une femme que pour un homme d’avoir une carrière réussie à l’hôpital, car elle doit accepter de sacrifier sa vie de famille », précise l’étude.

 

Les professionnels « en demande »

Malgré tout, l’état des lieux est aussi optimiste puisqu’aujourd’hui 53 % des médecins se déclarent « prêts à engager une ou deux démarches, soit en rejoignant une association soit en lançant une démarche égalité dans son établissement ». Au sein des établissements, « 6 médecins hospitaliers sur 10 considèrent que le harcèlement sexuel et les inégalités de traitement professionnel entre les hommes et les femmes sont mieux pris en compte qu’il y a cinq ans ». Pourtant, un peu moins d’un tiers ont connaissance d’au moins une action mise en place dans leur établissement. Et les médecins « sont en demande », insiste l’étude : « plus de la moitié d’entre eux estiment qu’il est important que certaines mesures soient mises en place pour améliorer l’égalité femme-homme : des communications régulières, la mise en place d’une charte pour l’égalité ou encore l’élaboration d’un plan d’action validé par les instances du personnel ».
                            
- L'ensemble des résultats est disponible sur le site Donner des elles à la santé ou sur le site d’Ipsos.

 



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