Connectez-vous S'inscrire
Ehpadia, le mag Ehpadia, le mag
Ehpadia, un magazine, un site web et une webTV pour tout savoir sur l'actualité des EHPAD et Maisons de Retraite
Ehpadia, le magazine des dirigeants d'EHPAD


Actu et Management

Le Laboratoire des solutions de demain réfléchit à l’avenir


Publié le Mardi 12 Juillet 2022 à 09:53

À la suite du Ségur de la santé, les pouvoirs publics et la Caisse Nationale de Solidarité pour l’Autonomie (CNSA) ont créé un « Laboratoire des solutions de demain ». Chargé de « guider la transformation de l’offre d’habitat pour les personnes âgées en perte d’autonomie », il regroupe des profils variés permettant « une vision large sur le secteur », nous explique sa responsable, Marie-Automne Thépot.


Marie-Automne Thépot, responsable du Laboratoire des solutions de demain. ©Augustin Detienne / CNSA
Marie-Automne Thépot, responsable du Laboratoire des solutions de demain. ©Augustin Detienne / CNSA
La CNSA accueille depuis peu le « Laboratoire des solutions de demain ». Pourriez-vous nous en parler ?
Marie-Automne Thépot : Ce collectif a été installé le 12 juillet 2021 par la ministre déléguée en charge de l’Autonomie, Brigitte Bourguignon. Son objectif premier est d’imaginer un lieu de vie souhaitable pour les personnes âgées en perte d’autonomie et d’élaborer les lignes directrices qui guideront les investissements pour la transformation de leurs modalités d’hébergement. C’est là un axe important du volet médico-social du Ségur de la santé, auquel des moyens importants sont alloués. Véritable espace pluridisciplinaire, le Laboratoire des solutions de demain s’attache donc à croiser les regards pour faire progresser la qualité de l’offre actuelle. Cette réflexion est d’autant plus nécessaire que l’accompagnement de la perte d’autonomie est un défi majeur pour nos sociétés demain.

Limitez-vous vos réflexions aux EHPAD ?
Non. Le Laboratoire des solutions de demain est un laboratoire de politiques publiques atypique : il a certes une fonction unique, dans le cadre du Ségur, mais son champ de réflexion est plus large et porte sur toutes les solutions d’habitat qui permettent de mieux prendre en charge la perte d’autonomie. Les EHPAD, avec leur architecture, leur organisation et leurs équipes, en sont la principale. Mais ces structures sont, aussi, incluses dans un tissu local, avec des établissements et des offres spécifiques. On ne peut pas penser l’évolution de l’EHPAD, en termes de bâti ou de fonctionnement, sans le considérer à la lumière de cet écosystème global. Cette réflexion transversale est d’ailleurs l’un des fondements du Laboratoire des solutions de demain.

Comment fonctionne plus concrètement ce Laboratoire ?
Cet objet hybride et novateur a été constitué à l’issue d’un appel à candidatures ouvert à une grande diversité d’acteurs. Son objectif était donc, dès le départ, de réunir des profils différents. Nous avons reçu plus de 100 candidatures individuelles, dont 30 ont été sélectionnées de manière à respecter les équilibres entre les quatre univers concernés : le bâtiment, la recherche, le soin et les organismes de gestion. Ces membres sont associés à 14 représentants du conseil de la CNSA, qui viennent apporter leurs visions propres. Tous participent aux travaux du Laboratoire à titre personnel : ils ne représentent pas une structure. Naturellement, la diversité de tous ces profils ne se traduit pas toujours par des consensus ; elle met même à jour certaines divergences de vues, mais aussi des lignes fortes. Les échanges sont d’autant plus passionnants. J’en suis d’ailleurs persuadée : ce type de démarche favorise le dialogue et la compréhension de chacun, pour pouvoir à terme construire une vision collective.

De quelle manière ces discussions s’articulent-elles ?
Elles s’inscrivent dans un espace commun, qui fait le lien entre les différents membres et permet de mettre en commun les ressources partagées à distance ou en présentiel. Des groupes de travail se réunissent régulièrement, et trois sessions plénières ont eu lieu depuis la création du Laboratoire en juillet dernier. Trois principaux axes de travail ont été identifiés pour les premiers mois : comment aider les établissements dans leur ouverture sur les territoires, comment co-construire les lieux de vie avec les personnes concernées et comment diffuser les expériences inspirantes pour améliorer la qualité globale des projets. Pour structurer ces réflexions, le Laboratoire part des usages et des usagers : les professionnels, les résidents et les familles. Nous ne sommes pas un think tank, nous souhaitons plutôt mettre en résonnance les expériences de terrain pour les rendre appréhensibles et évaluer leur impact sur l’amélioration de l’offre.

Par exemple, sur quels champs portent les travaux autour de l’accompagnement des territoires ?
« Accompagner les territoires dans l’inclusion des établissements médico-sociaux et leur ouverture » est la première des trois thématiques choisies par les membres du Laboratoire. L’objectif est ici est de trouver des effets leviers pour faciliter l’ouverture des établissements sur leur territoire. C’est notamment avec la création de tiers lieux qu’on peut œuvrer pour cette ouverture. Le Laboratoire a d’ailleurs lancé en septembre 2021 un appel à projets sur le sujet. Plus de 363 projets ont été montés et présentés en deux mois à peine ! Cet engouement est exceptionnel et montre bien l’intérêt collectif, pour les équipes et les habitants, de ce type de démarche. Les 25 lauréats sélectionnés dans le cadre de cet appel à projets serviront de pilotes et leur expérience précieuse sera capitalisée au moyen d’un futur guide pour créer un tiers lieu en EHPAD.

Des guides pratiques sont-ils prévus pour chaque thématique adressée ?
Le Laboratoire a été lancé il y a moins d’un an. Il est donc pour le moment difficile de prévoir concrètement les productions qui seront réalisées dans le cadre des différentes thématiques. Il nous faut d’abord consolider les bases : définir nos actions, nos spécificités, nos leviers potentiels… Mais nous avons déjà quelques pistes. La troisième thématique, qui porte sur la facilitation des échanges pourra, par exemple, aller vers un recensement de méthodologies participatives, voire un programme de visites apprenantes pour les gestionnaires qui ont un projet de restructuration. La deuxième thématique, consacrée à « un cadre de vie centré sur l’humain », s’attachera pour sa part à développer l’assistance à maîtrise d’usage par différentes voies, comme l’accompagnement des équipes ou le développement de projets déjà existants. Notre Laboratoire est également chargé de guider les programmes d’aides à l’investissement. Nous serons donc en lien ici avec les Agences Régionales de Santé, les organismes gestionnaires et les conseils départementaux, des acteurs aujourd’hui incontournables pour intégrer les questions d’usages et de méthodologie aux programmes d’investissements.

Le mot de la fin ?
Le Laboratoire des solutions de demain est singulier dans son approche. C’est une réelle aventure qui nous aidera à relever les défis actuels liés aux EHPAD et, plus globalement, à la perte d’autonomie. Cet outil novateur est aussi un éloge à la diversité des points de vue et des expertises. Les sujets sociétaux ne se règlent pas avec un seul regard. Quand on parle de désanitariser les EHPAD, de rendre invisible le soin, on a besoin de l’avis de tous, pour justement pouvoir co-construire les « solutions de demain ». Même si rassembler autant de personnes autour d’une table n’est pas toujours chose aisée, c’est un point essentiel pour dessiner ensemble l’avenir du secteur.

Article publié dans le numéro d'avril d'Ehpadia à consulter ici



Nouveau commentaire :







ABONNEZ-VOUS À LA NEWSLETTER !