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Les hygiénistes hospitaliers en appui des EHPAD


Rédigé le Mercredi 2 Septembre 2020 à 11:56

Seul moyen de protection contre le Covid-19, l’hygiène et les mesures barrières ont été au cœur de la lutte contre l’épidémie, aussi bien au sein des établissements sanitaires que dans ceux du secteur médico-social. Les professionnels de l’hygiène hospitalière et les Équipes Mobiles d’Hygiène (EMH) n’ont pas ménagé leurs efforts, se mobilisant au quotidien, pour soutenir et accompagner les EHPAD dans ce combat contre un nouvel agent pathogène.


Marie-Christine Arbogast, infirmière hygiéniste. ©DR
Marie-Christine Arbogast, infirmière hygiéniste. ©DR
Acteur incontournable de la lutte contre le SARS-CoV-2, l’hygiène hospitalière s’est retrouvée plus que jamais sur le devant de la scène, seul moyen efficace pour se protéger face à une maladie pour laquelle il n’existe encore aucun traitement ni vaccin. Partout en France, infirmiers, pharmaciens et médecins hygiénistes ont participé à « l’effort de guerre », épaulant les équipes des établissements de santé et médico-sociaux pour tenter de contrôler la propagation du virus. 
Mais tous les territoires n’ont pas été logés à la même enseigne. Certains hygiénistes ont pu anticiper la vague épidémique dès le début du mois de mars : « Une semaine avant l’apparition des premiers cas sur notre territoire, je suis intervenue dans plusieurs EHPAD afin de former les équipes aux recommandations liées au Covid-19 », se souvient Marie-Christine Arbogast, infirmière hygiéniste au service d’hygiène hospitalière du Centre Hospitalier de Fains-Véel, dans la Meuse. 

Loïc Simon, responsable du CPias Grand Est. ©DR
Loïc Simon, responsable du CPias Grand Est. ©DR

Plus de 500 appels en huit semaines

Plus à l’est, d’autres équipes ont été prises de court face à la rapidité de la propagation du virus. « Sur les 955 établissements du secteur médico-social implantés dans la région, nous n’avons pu aider qu’un peu plus de 330 EHPAD et plus de 70 établissements de santé », regrette le Docteur Loïc Simon, responsable du Centre d'Appui pour la Prévention des Infections Associées aux Soins (CPias) Grand Est. Comme dans beaucoup d’autres territoires, ses équipes ont principalement effectué ce soutien par téléphone. « Nous étions considérés comme des personnes extérieures aux établissements et ne pouvions donc plus intervenir directement dans les EHPAD », explique le Docteur Nathalie Weil-Armand, coordinatrice de l’Équipe Mobile d’Hygiène (EMH) de la Drôme qui a reçu, pendant huit semaines, plus de 500 appels. « Nous appelions également chaque établissement une à deux fois par semaine, pour mieux y suivre l’évolution de la maladie », poursuit-elle.

« Nous nous sommes adaptés »

« Au début de la crise, nous avons énormément travaillé à l’organisation des prises en soin des cas et des circuits, notamment celui du linge, afin de limiter les risques de contaminations croisées », se rappelle Marie-Christine Arbogast qui a dû, elle aussi, privilégier les conseils téléphoniques lors du confinement. Qu’ils soient à l’initiative des EHPAD ou des hygiénistes eux-mêmes, ces appels visaient avant tout à « conseiller, soutenir, valider mais aussi répondre aux interrogations des équipes », ajoute l’infirmière qui a, par ailleurs, été confrontée à un manque de surblouses. « Dans certains établissements, des sur-blouses en tissu ont été confectionnées, continue-t-elle. Comme beaucoup, nous nous sommes adaptés ». S’adapter, tel a été le maître-mot de ces dernières semaines dans tous les établissements de France. 

Nathalie Weil-Armand, coordinatrice de l’EMH de la Drôme. ©DR
Nathalie Weil-Armand, coordinatrice de l’EMH de la Drôme. ©DR

L’épineuse question des masques

Pour beaucoup, cette adaptation est aussi passée par une interrogation majeure : comment assurer la protection des équipes face à la pénurie d’Équipements de Protection Individuelle (EPI) ? Très médiatisées, ces ruptures des chaînes d’approvisionnement, en particulier en ce qui concerne les masques, ont sans conteste été l’un des enjeux majeurs de ce début de printemps. « On peut penser que le manque de masques chirurgicaux durant les premières semaines a participé à l’augmentation exponentielle du nombre de cas dans notre région », confie Loïc Simon qui a, comme beaucoup, constaté l’incompréhension des équipes quant aux recommandations d’utilisation des masques chirurgicaux et FFP2. 
« Beaucoup voulaient avoir des masques FFP2 afin de garantir une meilleure protection, mais il faut bien comprendre que ces masques ne sont pas forcément justifiés ni même pratiques pour les équipes d’EHPAD », précise le responsable du CPias Grand Est. « Les informations étaient si nombreuses, la médiatisation du secteur hospitalier était si importante, qu’il a été difficile d’avoir une posture d’hygiéniste durant cette période », confie Nathalie Weil-Armand qui a, elle aussi, dû faire face à la défiance de certains. 

Pierrette Bellia-Dhondt,  gériatre. ©DR
Pierrette Bellia-Dhondt, gériatre. ©DR

Préparer les CH à l’arrivée de potentiels patients

Pourtant, le praticien hospitalier hygiéniste a, comme ses confrères, pris le temps d’expliquer – rédigeant huit protocoles successifs – et d’informer via notamment la publication régulière de newsletters. « Ne pouvant intervenir sur place alors même que les informations étaient nombreuses et évoluaient au jour le jour, il nous a paru utile de relayer les éléments pratiques auprès des EHPAD », continue la coordinatrice de l’EMH qui s’est également attachée à renforcer les liens entre les EHPAD et les hôpitaux drômois : chaque jour, elle a transmis une « météo des EHPAD » aux Centres Hospitaliers de Valence et de Romans-sur-Isère. « Cette boucle permettait aux médecins des CH de se préparer à l’arrivée de potentiels patients », constate le Docteur Pierrette Bellia-Dhondt, gériatre aux Hôpitaux Drôme Nord pour qui cette initiative a aussi permis à l’EMH de se faire connaître des médecins hospitaliers et aux EHPAD d’obtenir « plus de crédits pour la gestion de crise ».

Favoriser les retours d’expériences à l’heure du déconfinement

Ces nouvelles organisations se sont poursuivies durant la période de déconfinement, perçue par beaucoup comme un « moment risqué ». « Nous avons dû repenser les aménagements, les activités, et mettre en place des protocoles pour les visites familiales, détaille Marie-Christine Arbogast. Le déconfinement n’a pas diminué la charge de travail mais il a facilité la tâche, puisque je pouvais retourner dans les EHPAD ». Le plus fort de la crise étant aujourd’hui derrière nous, les équipes peuvent en effet reprendre leurs activités habituelles en intervenant directement au sein des établissements. « Ces visites nous permettent non seulement de faire un point sur les connaissances actuelles de la maladie, mais aussi de faire remonter les initiatives locales qui ont fonctionné », raconte Pierrette Bellia-Dhondt qui intervient en lien avec l’EMH de la Drôme auprès des EHPAD du territoire.

« Continuer à former les équipes à la prévention des risques »

Se nourrissant des enseignements de cette crise majeure, les hygiénistes profitent également de ces visites pour refaire un point avec les équipes sur l’utilisation des EPI. « D’une façon générale, les soignants des EHPAD respectent les recommandations en matière d’EPI, constate Loïc Simon. Pourtant certaines erreurs peuvent être commises, notamment dans la manipulation de masques au moment des pauses. Ces moments d’inattention peuvent être sources de contaminations. Nous devons donc continuer à former les équipes à la prévention de ces risques ». Un constat qui s’applique tant aux masques qu’aux surblouses et aux gants. Pour Loïc Simon, ces derniers sont « très souvent mal utilisés », ce qui augmente les risques de contaminations. « Les gants sont rapidement contaminés et contribuent donc à véhiculer les agents pathogènes », complète Nathalie Weil-Armant qui préfère privilégier une bonne hygiène des mains. 

De nouvelles idées pour « l’après »

Ce message, elle a d’ailleurs décidé de le porter auprès des équipes de son département durant les prochaines semaines. Pour autant, si tous comptent bien poursuivre leurs actions de prévention, les hygiénistes hospitaliers espèrent aussi que la crise aura permis une meilleure prise de conscience du rôle prépondérant de leur spécialité. « Nul doute que le port du masque devrait être plus systématique l’hiver prochain », confie Marie-Christine Arbogast. Observée dans toute la population, cette adoption des mesures barrières ne devrait pas être la seule répercussion de la vague épidémique sur le plan de l’hygiène. Certains, comme à Valence, ont commencé à dresser un premier bilan de la crise sanitaire ; d’autres ont initié des réflexions pour repenser leurs organisations. Dans la région Grand Est, par exemple, le CPias et l’Agence Régionale de Santé (ARS) réfléchissent à la création d’une EMH par Groupement Hospitalier de Territoire (GHT). Pour Loïc Simon, l’implantation de ces onze EMH apporterait à la région « une plus grande réactivité et une meilleure proximité avec le terrain ». Des notions qui auront acquis leurs lettres de noblesse avec la crise sanitaire.



Article publié sur le numéro de juillet d'Ehpadia à consulter ici
 



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