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« Nous ne sommes pas de simples exécutants »


Rédigé le Lundi 22 Mars 2021 à 09:46

Chaque trimestre, Ehpadia ira désormais à la rencontre d’une personnalité afin de mieux connaître la femme ou l’homme derrière la fonction. Ce mois-ci, Alexis Bataille, aide-soignant anciennement engagé dans l’armée, qui a depuis repris ses études pour devenir infirmier. Un parcours atypique qui le pousse à régulièrement partager ses réflexions sur ces professions et leurs évolutions.


Alexis Bataille est actuellement en deuxième année d’études d’infirmier. ©DR
Alexis Bataille est actuellement en deuxième année d’études d’infirmier. ©DR
« Les aides-soignants sont polycompétents et possèdent une réelle expertise », martelait Alexis Bataille en octobre dernier lors d’une table-ronde organisée par le groupe SOS Seniors. Intervenant régulièrement dans des conférences, des livres ou sur internet, le jeune homme, aujourd’hui étudiant en cursus infirmier, s’est donné pour mission de réfléchir sur le secteur du soin et plus particulièrement sur l’avenir de sa profession. C’est qu’il a de la bouteille : diplômé aide-soignant en 2013, il a travaillé durant plusieurs années pour le service de santé des armées, exerçant dans les Hôpitaux d’Instruction des Armées (HIA) du Val-de-Grâce à Paris, Sainte-Anne à Toulon, ou encore Percy à Clamart, dans les Hauts-de-Seine.

Aller plus loin dans le parcours de soins

« Je suis également allé sur d’autres terrains, notamment en Guinée Conakry lors d’une épidémie d’Ébola », poursuit Alexis Bataille qui est alors intervenu dans un centre de traitement des soignants ayant contracté la maladie. « L’ambiance y était très particulière puisqu’en fin de compte, notre mission était plus proche d’une mission humanitaire que d’un théâtre de guerre classique. Toutefois, la rapidité d’installation du centre de soins, et l’implication de tous dans cette action ont réellement été des expériences très formatrices », ajoute l’aide-soignant, se saisissant de l’occasion pour saluer « ses frères d’armes ». 
Après plusieurs années passées au sein des hôpitaux militaires, le jeune homme a engagé tout une réflexion autour de son parcours, ce qui l’a amené à reprendre ses études. « Au sein des armées, la diversité des actions est telle qu’il est possible de s’épanouir. Malgré cela, je me sentais quelque peu restreint dans ma capacité de prise en soin des patients, je voulais pouvoir aller plus loin », confie-t-il. Aujourd’hui en deuxième année d’étude d’infirmier dans un institut de la Croix-Rouge, il ne regrette pourtant pas son expérience en tant qu’aide-soignant car elle lui offre la possibilité de « s’appuyer sur les acquis du terrain », lui permettant ainsi d’avoir « plusieurs visions du soin », techniques mais aussi pratiques. 

Porter la parole des soignants

Ces différents points de vue sur le monde du soin et de la santé, Alexis Bataille a pris l’habitude de les partager auprès d’un auditoire toujours plus nombreux. Ancien membre du Conseil de la Fonction Militaire du Service de Santé des Armées (CFMSSA), il est rodé à l’écoute, à l’échange et au débat d’idées. « Faire partie du CFMSSA m’a fait plonger au cœur de l’institution en lien avec les autres métiers. Cette expérience, très enrichissante, m’a permis d’élargir mes compétences », confie l’intéressé. 
Autant d’expériences qui le poussent à créer en 2017 « Dans le couloir », une page Facebook qui relaie plusieurs de ses écrits et réflexions sur le métier d’aide-soignant. Repéré par le site infirmier.com, où il s’exprime désormais régulièrement, le jeune homme s’inscrit peu à peu dans le paysage d’internet. « Même si mes études d’infirmier me laissent moins de temps, je continue à rédiger des articles s’inspirant de questions de société. Quand un thème me paraît intéressant, je pose mes idées, je fais des recherches et rédige le tout en faisant le lien avec les soins et les soignants », explique l’étudiant.
Aujourd’hui membre du comité de rédaction du site mais aussi de celui du Cercle Galien, Alexis Bataille est également l’auteur de l’ouvrage Vous avez mal où ?, paru chez City Éditions en 2019, et du Guide de survie de l’aide-soignant : 100 questions-réponses sur le métier et la pratique, publié aux Éditions Vuibert le 13 octobre dernier. « Suite à mes articles, un éditeur m’a contacté en juillet 2018 pour publier un livre. Entre mes publications sur la page Facebook et cela, on peut dire que tout s’est enchaîné », sourit l’intéressé qui est depuis fréquemment invité dans des salons et conférences. Un bon moyen, estime-t-il, de « faire valoir le métier d’aide-soignant au travers d’une autre représentation que celle d’un simple préposé aux tâches ingrates ». « Nous avons de réelles compétences, nous faisons plus que de laver ou nourrir le patient, poursuit Alexis Bataille. La tâche des aides-soignants est relationnelle mais nous devons, en plus, avoir une certaine expertise pour réaliser les soins ». Un message qu’il défend sans relâche, regrettant qu’aides-soignants comme infirmiers peinent à se faire entendre : « Dans les médias et auprès du grand public, il est difficile de faire émerger cette vérité : nous ne sommes pas de simples exécutants ». 

Réflexions sur les métiers d’aide-soignant et d’infirmier

Mais Alexis Bataille aime également engager des réflexions sur ses deux métiers de cœur et sur leurs métamorphoses pour les années à venir. Les deux fonctions, qui sont à ses yeux parfaitement complémentaires, seront ainsi amenées à rapidement évoluer à court et moyen terme afin de mieux lutter contre les déserts médicaux, mais aussi pour soutenir le développement de la recherche en soins infirmiers. « Les tâches des infirmiers vont muter, ce qui engendrera inéluctablement une évolution des missions et des compétences des aides-soignants, précise-t-il. Ceux-ci seront de plus en plus amenés à travailler en autonomie fonctionnelle et il va falloir, pour cela, densifier les compétences cliniciennes de la profession ». Pour aller plus loin, le soignant s’interroge donc sur la formation des aides-soignants et des infirmiers et se plaît à imaginer la mise en place d’une première année commune à tous les métiers de la santé et du paramédical. 
« Actuellement les évolutions de carrière pour les aides-soignants sont limitées et tendent surtout vers le statut d’infirmier. En mettant en place une année fondatrice commune, on offrirait beaucoup plus de possibilités avec, pourquoi pas, des personnes qui pourraient par la suite évoluer vers de la médecine, par exemple », ajoute-t-il. Une réflexion qui rejoint un autre de ses chevaux de bataille, la revalorisation des métiers du soin et plus particulièrement du métier d’aide-soignant, qui souffre d’un manque d’attractivité. « L’attractivité du métier va certes se jouer sur les salaires, mais aussi sur l’image que celui-ci projette, précise le soignant. Dans ce contexte montrer la place centrale de l’aide-soignant dans le parcours de soins, ainsi que les polycompétences associées, représentent un vrai enjeu d’avenir ». Mais il ne faut pas s’y tromper : Alexis Bataille ne croit pas réellement à la « vocation » qui « peut laisser penser à une dévotion sans faille du soignant ». « Nous n’avons pas reçu de visite mystique, insiste-t-il. Nous ne pouvons pas tout tolérer, nous devons aussi pouvoir compter sur du matériel, des collègues, des primes, une bonne place pour pouvoir faire notre métier correctement et en vivre ». 

 



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