Ehpadia, le magazine des dirigeants d'EHPAD

Parcours et vision métier : les directrices et directeurs ont la parole


Publié le Mardi 21 Avril 2026 à 15:04



Dans le cadre de son numéro spécial célébrant ses dix ans, le magazine Ehpadia a donné la parole à cinq directrices et directeurs d’EHPAD aux parcours variés. À travers leurs témoignages, ils reviennent sur leurs trajectoires professionnelles, partagent les enjeux prioritaires auxquels sont confrontés leurs établissements, et livrent leur vision d’un secteur en pleine transformation.




Gertrude Fondja, directrice du Centre Desfontaines de Quincy-sous-Sénart, en Essonne

Pourquoi avoir choisi la profession de directeur d’EHPAD ?
Infirmière de formation, j’ai toujours évolué dans des environnements où la relation humaine est essentielle. Le contact quotidien avec les patients, leurs proches et les équipes a façonné ma vision du soin et ma manière de travailler. Après l’obtention de mon diplôme de directeur, une expérience en clinique m’a permis de renforcer mes compétences en organisation et en gestion, mais la dimension humaine me manquait. Le secteur de l’EHPAD s’est alors imposé naturellement, un champ profondément humain, confronté à des défis multiples auxquels j’ai souhaité apporter ma contribution.
 
Quels sont aujourd’hui les enjeux prioritaires pour les établissements ?
Parmi les nombreux défis auxquels font face les EHPAD, deux apparaissent aujourd’hui déterminants car ils conditionnent tous les autres : l’attractivité et la fidélisation des professionnels, ainsi que le financement et la maîtrise des charges. Attirer et retenir des équipes qualifiées est indispensable pour garantir la qualité de vie et des soins, la prévention des risques et la satisfaction des familles. En parallèle, l’équilibre financier demeure un levier essentiel pour assurer la pérennité des établissements et leur capacité à investir durablement dans les ressources humaines, les équipements et la formation.
 
Quel est votre regard sur l’évolution du secteur ?
Les EHPAD ne se limitent plus à la seule prise en charge médico-soignante. Ils doivent désormais intégrer des approches globales, fondées sur la personnalisation du projet de vie, l’implication des proches aidants, le travail en réseau et l’accompagnement de publics aux profils toujours plus complexes. Cette transformation implique également une évolution des compétences, avec un renforcement du relationnel, une plus grande polyvalence dans le respect du cadre réglementaire et une digitalisation accrue des pratiques, notamment via la télémédecine, afin de répondre aux enjeux actuels et futurs.

 

Marianne Hamelin, directrice de la résidence service seniors La Visitation, au Mans  

Pourquoi avoir choisi la profession de directeur d’établissement pour personnes âgées ?
Infirmière puis cadre de santé à l’hôpital, j’ai été très tôt marquée par le délaissement des personnes âgées, souvent reléguées au second plan du système de soins. Engagée dans le mouvement de réhumanisation des hospices dès les années 1980, j’y ai trouvé ma vocation. Devenue directrice d’EHPAD en 2001, j’ai alors œuvré à transformer les maisons de retraite en lieux de vie ouverts, citoyens et pleinement intégrés à leur territoire. Depuis 2015, j’accompagne le bien vieillir en résidence services seniors, à travers une approche centrée sur l’autonomie, les partenariats extérieurs et des projets innovants comme l’habitat partagé.
 
Quels sont aujourd’hui les enjeux prioritaires pour les établissements ?
L’un des enjeux majeurs réside dans la capacité des établissements à s’ouvrir sur l’extérieur. Nous devons aller vers le domicile, mobiliser les compétences là où elles existent et proposer un accompagnement fluide et décloisonné. Cela nécessite des professionnels formés, reconnus et engagés, capables d’accompagner la personne âgée dans toutes ses dimensions, y compris la fin de vie. Attirer, fidéliser et protéger ces équipes est essentiel, tout comme replacer le résident au cœur des décisions, au sein d’un projet de vie réellement choisi, respecté et accompagné.
 
Quel est votre regard sur l’évolution du secteur ?
Malgré les avancées significatives réalisées ces dernières décennies, le combat reste permanent. Les moyens existent aujourd’hui, mais la pénurie de professionnels engagés fragilise les établissements et épuise les directions, prises entre exigences politiques, attentes légitimes des familles et contraintes du terrain. Il ne s’agit pas de maltraitance intentionnelle, mais de limites institutionnelles qu’il est nécessaire de reconnaître. Pour avancer, il faut continuer à croire en ce secteur, soutenir et former les équipes, préserver celles et ceux qui s’engagent et cultiver la passion du métier. C’est à cette condition que l’accompagnement pourra demeurer humain, digne et de qualité.

 

Peggy Forêt, directrice de l’EHPAD d’Argonne et administratrice du GCSMS Meuse  

Pourquoi avoir choisi la profession de directeur d’EHPAD  ?
Issue d’une formation de manipulatrice en électroradiologie médicale, j’ai abordé le métier de directrice d’EHPAD comme un défi personnel, avant qu’il ne devienne une évidence. Dès mon entrée en préparation à l’EHESP, j’ai su que je serai Directrice d’établissement sanitaire, social et médico-social (D3S) et que je travaillerai en EHPAD. Je recherchais un métier profondément humain, ancré dans le quotidien, au plus près des résidents et de leurs familles. Là où le sanitaire est souvent centré sur l’acte, la direction d’EHPAD permet un accompagnement global, à la fois médical, social et relationnel, qui donne tout son sens à mon engagement.
 
Quels sont aujourd’hui les enjeux prioritaires pour les établissements ?
Les EHPAD font aujourd’hui face à un double enjeu d’attractivité et d’image. Le travail qui y est mené est de grande qualité, mais il demeure insuffisamment valorisé, notamment dans le secteur public, soumis à de fortes contraintes de communication. L’avenir repose sur le travail collectif et le décloisonnement : sortir des logiques de silos, raisonner en parcours et adapter les accompagnements aux nouveaux profils des résidents. Les GCSMS, comme celui existant en Meuse, constituent à ce titre un levier majeur pour mutualiser les compétences, innover, développer des réponses plus souples entre domicile et institution, et proposer le bon accompagnement au bon moment, malgré des modèles économiques encore en construction.
 
Quel est votre regard sur l’évolution du secteur ?
Il apparaît indispensable de repenser les modes d’accompagnement et d’assouplir les organisations. Le maintien à domicile monte en puissance, mais il ne peut constituer une solution pertinente que si un accompagnement adapté est réellement déployé. Les EHPAD conserveront donc toute leur utilité, à condition d’évoluer vers des formats plus flexibles : accueils de jour, de nuit, temporaires ou ponctuels. Les Centres de ressources territoriaux (CRT) représentent ici un levier important, en permettant de sortir des cadres traditionnels, d’innover et de proposer des réponses mieux ajustées aux besoins des personnes, au bon moment et au bon endroit.

 

Rémy Cichy, directeur de l’EHPAD Les Chenets de la Fondation des Diaconesses de Reuilly, à Courbevoie

Pourquoi avoir choisi la profession de directeur d’EHPAD ?
Issu du monde du soin, avec une formation d’ostéopathe, j’ai choisi la direction d’EHPAD à l’issue d’une reconversion marquée par des rencontres déterminantes, notamment avec le sociologue Serge Guérin qui crée un master 2. Ayant vécu le secteur de l’intérieur comme aide-soignant pendant mes études, cette orientation s’est imposée naturellement. Ce métier me passionne par sa diversité, ses imprévus et la pluralité des situations rencontrées. La proximité avec les résidents, les familles et les équipes donne un sens concret au quotidien et fait que chaque journée est différente, stimulante et profondément gratifiante.

Quels sont aujourd’hui les enjeux prioritaires pour les établissements ?
Les établissements doivent aujourd’hui réussir leur transformation en profondeur. L’EHPAD doit tendre vers une approche plus domiciliaire, en réintroduisant les repères du domicile dans l’architecture et les pratiques. Cette évolution, construite avec les équipes, les résidents et les familles, vise à renforcer l’autodétermination des personnes accompagnées et à rompre avec des modèles trop hospitaliers ou hôteliers, au pro t d’un cadre de vie plus humain, participatif et respectueux des choix de chacun. Cette transformation prônant la culture domiciliaire est initiée dans tous les établissements de la fondation des Diaconesses de Reuilly est pionnière dans le secteur.

Quel est votre regard sur l’évolution du secteur ?
Le secteur se renouvelle grâce à de nouvelles générations de directeurs, de managers et de soignants, désireux de valoriser leur travail et de transformer l’image des EHPAD. Après les crises traversées, notamment le Covid, cette dynamique va dans le bon sens. Les formations se professionnalisent et se rapprochent du terrain, favorisant l’innovation et le renouvellement des pratiques. Les formateurs du centre de formation « ELIM » de la fondation sont issus des différents établissements des Diaconesses de Reuilly. Malgré une forte dépendance aux décisions publiques, je reste convaincu que le secteur a une carte à jouer, à condition de pour- suivre l’ouverture, de consolider l’ancrage territorial et de mieux montrer ce qui se fait au quotidien.

 

Stéphane Richard, directeur de l’EHPAD Fondation du Parmelan, à Annecy 

Pourquoi avoir choisi la profession de directeur d’EHPAD ?
Ce qui m’a toujours guidé, c’est avant tout le rôle de directeur d’établissement. Après avoir dirigé des cliniques puis un EHPAD, ma motivation est restée la même : accompagner les personnes au-delà du soin, vers un bien-être global. Le management des équipes est également central pour créer du lien, favoriser l’écoute et permettre à chacun de s’épanouir dans son travail. J’y trouve une réelle satisfaction lorsque les projets avancent dans une dynamique collective. C’est un métier de contact, riche et varié, qui laisse place à la créativité et au sens.
 
Quels sont aujourd’hui les enjeux prioritaires pour les établissements ?
Les enjeux sont d’abord financiers : maintenir les établissements à flot dans un contexte de ressources limitées. À cela s’ajoutent les difficultés à recruter et fidéliser des professionnels dont les métiers restent trop peu reconnus. Les directions doivent composer avec des injonctions parfois contradictoires, entre exigences réglementaires, sécurité, respect des libertés individuelles et qualité de vie. Être directeur aujourd’hui, c’est jongler en permanence pour trouver un équilibre, dans un contexte sociétal complexe et contraint.
 
Quel est votre regard sur l’évolution du secteur ?
À mes yeux, l’évolution du secteur reflète celle de la société. Nous faisons face à un manque structurel de moyens, conjugué à une exigence accrue de qualité, ce qui crée une tension irréaliste. Le vieillissement de la population, l’absence de réponses politiques durables et la pénurie de soignants, à domicile comme en établissement, annoncent une rupture à venir. Les difficultés relationnelles avec certaines familles, les injonctions contradictoires et le renforcement des contrôles ne sont que les symptômes d’un système à bout de souffle. Ce constat peut paraître pessimiste, mais il est avant tout réaliste : tant que la société refusera d’affronter cette réalité, les secteurs de la santé, du social et du médico-social resteront déséquilibrés.
 
> Article paru dans Ehpadia #42, édition de janvier 2026, à lire ici 

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