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Partage et Vie lance une grande réflexion autour de « La vie bonne »


Publié le Lundi 28 Juin 2021 à 12:06

Partage et Vie organisait mardi dernier la deuxième édition de ses Estivales consacrées à « La vie bonne », un concept qui inclut des réflexions sur les plaisirs, le temps, la relation aux autres et la fin de vie.


© Capture d'écran
© Capture d'écran
Pour la deuxième année consécutive, Partage et Vie a décidé d’organiser ses Estivales, dédiées à un sujet d’éthique. Si l’édition 2020 était consacrée à « l’épreuve de la crise », la seconde édition de cet événement, qui se tenait mardi dernier, avait pour thème central : « La vie bonne ». Un choix qui s’inscrit dans une certaine continuité, car, comme l’a rappelé le Pr François Wolff, philosophe et professeur émérite à l’École Normale Supérieure, « nombreux ceux, parmi le personnel des, EHPAD, à avoir été choqués par le fait qu’on ait, lors de la première vague, privilégié la vie biologique au relationnel ».
 

La « vie bonne » ?

Cette « épreuve douloureuse », comme l’a qualifié Dominique Monneron, directeur général de la Fondation Partage et Vie, a certainement marqué les esprits pour longtemps, impliquant un besoin accru de retours d’expériences et de réflexions autour du modèle des EHPAD. Afin d’apporter sa pierre à l’édifice, la Fondation a donc décidé de consacrer ses 2ème Estivales à « La vie bonne », un concept qui « peut être compris de deux manières », a indiqué Roger-Pol Droit, philosophe, écrivain et conseiller éthique de la fondation Partage et Vie, « celle d’une existence agréable, sans douleur excessive, sans problèmes, avec des plaisirs… », ou celle « d’une interrogation sur “qu’est-ce que le bien vivre pour un être humain ?” », imposant de fait « un dédale d’interrogations avec plusieurs dimensions, médicale, éthique, sociale, économique… ».
 

Ces « petits plaisirs » qui nous font plaisir

Les EHPAD, qui sont pour beaucoup synonymes de perte d’autonomie et de liberté moindre dans ses choix, sont quelque peu antonymiques avec « l’idéal de vie bonne, [qui] ne colle pas » avec ces institutions,     a constaté le Pr François Wolff. Pourtant, « La vie bonne est-elle la satisfaction des désirs, des “petits plaisirs ? », s’est-il interrogé, mettant en lumière la nécessité de « prendre conscience de ses désirs et de ses plaisirs ». « Si le critère devient la richesse de l’expérience, alors l’âge ou le handicap n’ont ici pas de lien. Tout dépend de nous, du contexte et de la jouissance qu’on en tire », a résumé le philosophe. Différents selon les personnes et les âges, ces « petits plaisirs » prennent donc, au sein des EHPAD, des visages différents, allant de la cuisine au jardinage en passant par la lecture du journal et même, pour certains, la contemplation.
 

Un rapport différent au temps

« Souvent, les familles ont peur du temps mort, de l’inaction, or nous en avons tous besoin. De même, la contemplation peut être due à l’ennui, mais pas uniquement », a ainsi constaté Dominique Gerbi, directrice multisite des établissements Partage et Vie Les Vergers et Les Saulnes, en Isère. Cette réaction des familles s’explique, pour le Pr François Wolff, par un paradoxe qui se crée chez les visiteurs : « ces résidents prennent leur temps alors que, selon leurs proches, leur temps est compté ». Surtout qu’en parallèle, la contemplation, et plus largement le rapport au temps, doivent s’harmoniser avec les autres membres de l’établissement, professionnels compris. Or, comme l’a souligné Adeline Dhulst, psychologue de l’EHPAD Bon Rencontre dans l’Isère, « chaque résident a son rythme propre, qui peut parfois être en décalage avec celui des professionnels. » Pour y faire face, ces derniers doivent donc s’adapter, laisser un thermos de café pour quelqu’un qui se lève tard par exemple, permettre les toilettes l’après-midi…
 

La relation aux autres, importante à tout âge

De la même manière, les professionnels des EHPAD sont, tous les jours, confrontés aux émotions des résidents et à leur relation aux autres, qui vont de l’amour à la haine en passant par l’amitié. « Même avec les familles, on voit de tout, des personnes plus ou moins présentes, plus ou moins apaisantes, plus ou moins apaisées… », a indiqué Dominique Gerbi. « Il faut faire attention, avec les familles, s’astreindre à ne pas juger, à ne pas imaginer le “bon lien familial”… Cela ne nous appartient pas, on doit composer avec la réalité telle quelle est », a complété Adeline Dhulst. Quant au résident lui-mêmel, « la pluralité des déficiences, notamment sensorielles, peuvent s’interposer dans la relation à l’autre », a alerté le Pr Claude Jeandel, conseiller médical auprès de la Fondation Partage et Vie, qui préconise donc des examens réguliers afin de déceler rapidement ces déficiences.
 

La fin de vie, partie intégrante des EHPAD

C’est en effet là l’une des missions des EHPAD qui, même s’ils restent des lieux de vie, sont aussi des lieux de soins, du prendre soin et même de mort. Vaste sujet, ô combien difficile à aborder pour de nombreuses personnes, la fin de vie fait en effet partie intégrante de ces établissements et est vécue par tous, personnels comme résidents. Ainsi les psychologues des EHPAD proposent généralement un temps d’échange avec les professionnels et les résidents, après un décès. Lors de la crise sanitaire, le stress, l’impossibilité d’effectuer certains rites ou la baisse du nombre de visites a ici eu un impact non négligeable.
 
Pourtant, comme l’a constaté Adeline Dhulst, « les résidents ont vécu la crise de manière très différente, certains ont été agacés d’être à ce point protégés, d’autres ont été très calmes, beaucoup moins apeurés que nous… ». Au sujet de la fin de vie, « on constate que le rapport à la mort change tout au long de la vie », a noté le Pr François Wolff. Paradoxalement, « les jeunes y pensent le plus » parce qu’ils découvrent qu’il « y a eu un avant soi, et qu’il y aura un futur après soi ». De plus, la plupart des gens « ont peur de mourir “avant d’avoir fini de vivre” », a indiqué le philosophe en soulignant également « l’inquiétude que l’on peut avoir quant à la mort des autres ».
 
- À lire aussi, notre article Des propositions concrètes pour une « vie bonne ».
- Le replay des Estivales de Partage et Vie est disponible sur la chaîne Youtube de la fondation.
 



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