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#RienPourLesVieuxSansLesVieux : les personnes âgées donnent de la voix


Publié le Lundi 18 Juillet 2022 à 16:16

Le 8 décembre dernier, des militants du grand âge lançaient le Conseil National Autoproclamé pour la Vieillesse (Cnav) pour faire entendre la voix des personnes âgées sur toutes les questions les concernant directement. « La société a changé, les vieux aussi. Nous ne voulons plus être repoussés à ses marges », affirment-ils dans leur profession de foi.


« Toutes les politiques publiques relatives au grand âge sont aujourd’hui décidées sans les vieux », déplore Francis Carrier, président-fondateur de l’association de lutte contre l’âgisme Grey Pride et co-fondateur du Cnav aux côtés du Dr Véronique Fournier, créatrice du Centre d’éthique clinique de l’hôpital Cochin à Paris et de l’association « La Vie Vieille », de Nicolas Foureur, médecin et fondateur de « Vieux et chez soi », et d’Éric Favereau, journaliste et président de l’association « Vieux, inégaux et fous ». Ils sont en effet partis d’un constat simple : à la différence des personnes handicapées, dont la voix est portée auprès du gouvernement par un Conseil national consultatif dédié – le CNCPH –, aucune instance n’est consultée au sujet des politiques publiques concernant les troisième et quatrième âges.

« Rien n’a vraiment changé depuis la création des asiles pour les vieux indigents au XIXème siècle. Certes, les lieux d’accueil ont été réaménagés et modernisés, mais la logique en soi est restée la même : tout se décide sans vérifier si cela conviendrait effectivement aux principaux intéressés », ajoute-t-il en pointant une « faute collective. Nous sommes tous responsables de cette situation qui va de pair avec le déni actuel de la vieillesse au sein de notre société ». Pourtant l’enjeu est de taille : comme le rappelle le Cnav, les personnes âgées de plus de 65 ans représentent 20 % de la population française, et ce nombre continuera de croître. « Le problème, c’est que les gens ne se sentent pas concernés par la vieillesse. 90 % sont convaincus qu’ils ne termineront par leurs jours dans un EHPAD… or ces établissements sont remplis de personnes qui elles-mêmes ne comptaient pas y aller », note Francis Carrier.
 

Pour la création d’un Conseil national consultatif des personnes vieilles

L’objectif du Cnav est donc simple : imposer la vieillesse parmi les thèmes majeurs de la campagne présidentielle, mais aussi susciter un débat public autour des modalités de définition des politiques publiques concernant le grand âge. Le collectif, qui rassemble à ce jour une quarantaine de membres et de parrains, parmi lesquels les anciens ministres Michèle Barzach, Michèle Delaunay, Bernard Kouchner et Monique Pelletier, la metteure en scène Ariane Mnouchkine, les gériatres Françoise Forette et Olivier Saint-Jean, la fondatrice d’Old’Up Marie-Françoise Fuchs, le conseiller départemental Jérôme Guedj, l’aide-soignante et auteure Florence Braud ou encore l’association Cercle des proches aidants en EHPAD, porte ainsi une revendication principale : la création d’un Conseil national consultatif des personnes vieilles, pendant du CNCPH pour les personnes handicapées et qui agirait comme un « aiguillon » auprès des administrations et collectivités territoriales pour les inciter à mieux prendre en compte les besoins et attentes des personnes âgées.

« Après l ’article du Monde qui a marqué la création de notre collectif en décembre 2021, nous avons aussitôt constitué plusieurs groupes de travail sur les thématiques que nous comptons adresser : l’habitat, l’urbanisme, la mobilité, la culture, les finances, l’accès aux droits et aux soins, etc. », indique Francis Carrier. Quelques semaines plus tard, une réunion au Théâtre du Soleil d’Ariane Mnouchkine a marqué la fondation officielle du Cnav, qui fourmille déjà de projets. Ainsi, à la mi-mars, le collectif a lancé la pétition #RienPourLesVieuxSansLesVieux auprès des candidats à l’élection présidentielle, pour justement réclamer la constitution du Conseil national consultatif des personnes vieilles. « Nous organiserons peut-être également des actions coup de poing, en fonction de l’actualité. Rendez-vous compte : on crée encore des EHPAD surdimensionnés, avec l’appui des Agences régionales de santé ! Les choses ne sont visiblement pas comprises… ou alors les intérêts des lobbys d’établissements privés à but lucratif sont supérieurs à ceux des vieux », poursuit-il.

EHPAD : « Des alternatives existent. Expérimentons-les, développons-les » 

Car, sans surprise, si ses actions ne sont pas centrées sur les EHPAD, le collectif n’oublie pas de braquer ses projecteurs sur un modèle qui, estime-t-il, doit être « transformé radicalement ». Il faut « abandonner ce sigle qui signe trop bien ce contre quoi nous nous révoltons : être concentrés par dizaines dans des lieux collectifs au sein desquels nous perdons toute singularité et identité, et sommes réduits à n’être que des objets de soins, au prétexte que nous avons besoin d’aide au quotidien. Des alternatives existent. Expérimentons-les, développons-les », insiste le Cnav dans un texte publié en février. « Arrêtons de déléguer l’accompagnement de la vieillesse aux responsables politiques, aux médecins et aux groupes d’EHPAD privés ! Quand les principaux intéressés ont-ils été consultés ? A-t-on sollicité l’avis des citoyens lorsque, il y a vingt ans, la prise en charge du grand âge est devenue un marché comme un autre ? Plus récemment, lors du scandale Orpéa, a-t-on invité des vieux sur les plateaux télévisés pour évoquer un sujet qui les concerne en premier lieu ? », s’interroge – à juste titre – Francis Carrier.

« Les EHPAD s’attachent à satisfaire des besoins primaires. Mais cela ne suffit pas ! poursuit-il. Un individu a d’autres attentes, affectives, sexuelles, spirituelles. Mais elles sont ignorées, voire étouffées. Au mieux, l’on propose aux vieux de l’occupationnel, alors que nous avons comme tout un chacun des besoins existentiels ». L’explication serait, estime-t-il, à trouver dans la manière même dont la vieillesse est considérée par la société, dont le regard « ampute ce que nous sommes, car les valeurs associées à la vieillesse – transmission, liberté de temps, contemplation – sont décalées par rapport aux valeurs sociales actuelles. Et cette vision négative est intériorisée par les vieux eux-mêmes ». Il conclut : « Nous ne nous faisons pas d’illusions sur les politiques : ils n’agiront que sous pression. C’est pourquoi nous devons nous mobiliser et faire entendre notre voix. On l’a vu avec les luttes pour l’égalité femme-homme, la non-discrimination des personnes séropositives, ou encore le mariage pour tous. Les lignes ne bougent que lorsque cela est revendiqué par un groupe de personnes. Il faut changer de logiciel pour la vieillesse, remettre en cause l’ensemble du système. À nous d’agir ! ».

> Les personnes intéressées par cette initiative citoyenne peuvent contacter le Cnav par mail : cnav.demain@gmail.com ou suivre le Cnav sur Twitter : @CNaV_Demain.



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