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S’engager dans la voie des thérapies non-médicamenteuses : l’exemple réussi de la résidence le Parc des Mauves


Rédigé le Vendredi 25 Octobre 2019 à 15:43

La résidence Le Parc des Mauves, du groupe Omeris, propose depuis cinq ans un bouquet fourni de thérapies non-médicamenteuses (TNM) à ses 94 résidents. Ehpadia s’est rendu sur place et vous dévoile les dessous de cette expérimentation au long cours qui pourrait faire figure d’exemple pour l’ensemble des structures du réseau Omeris.



À Huisseau-sur-Mauves, dans le Loiret, la façade grise de la résidence Le Parc des Mauves donne une impression d’inachevé. Pourtant, dès que l’on pénètre à l’intérieur de la bâtisse nous sommes frappés par la grande luminosité du lieu. D’ailleurs, Benoît Desjouis, directeur de l’établissement, nous le confirme, les visiteurs aussi expriment leur étonnement en entrant pour la première fois dans l’EHPAD et soulignent « la sérénité, les odeurs agréables et la lumière » qui s’en dégagent.
 
Dans le hall, la voix de Dalida s’élève d’une borne musicale. Deux hommes sont assis à côté. Ils y viennent tous les jours nous explique le directeur. « Ce sont des résidents au profil psy, très ritualisés. L’un des deux passe essentiellement de la musique des années 80, l’autre n’écoute que du Johnny. » Un troisième vient ici en début d’après-midi, faire sa sieste au son de Tino Rossi.
 

Origines d’un projet d’établissement

Avec l’art-thérapie, la musicothérapie a été l’un des premiers axes de développement des TNM au sein de la résidence. « Au départ, les TNM se sont mises en place de façon empirique, sans vraiment que l’on s’en rende compte. Depuis, c’est devenu un véritable projet d’établissement » relate Benoît Desjouis. Pour Melinda Genty, cadre de santé, ce développement s’explique aussi par la situation de l’EHPAD, isolé géographiquement. « Quand une crise survient, nous n’avons pas forcément les moyens d’attendre que le médecin arrive. Il nous a donc fallu trouver des solutions » souligne-t-elle.
 
Par la suite, au gré des appétences, l’offre TNM s’est étoffée. « L’approche TNM tourne autour de trois grands groupes : les règles hygiéno-diététiques, les traitements psychologiques avec leurs variantes - luminothérapie, zoothérapie, etc - et les traitements physiques comme l’ergothérapie ou la psychomotricité » détaille Melinda Genty. La liste des professionnels intervenant au sein de l’EHPAD est d’ailleurs impressionnante : ergothérapeute, psychomotricien, kinésithérapeute, art-thérapeute, zoothérapeute, etc.
 
La dynamique TNM a quant à elle réellement pris tout son sens lors des évaluations internes et externes réalisées à la résidence. Désormais, elle entre même dans le cadre des CPOM, avec une fiche détaillée dédiée. Comme le souligne le directeur « L’ARS souhaite que l’on poursuive dans cette voie ». Et pour la cadre de santé, le développement des TNM fait désormais partie de « l’ADN de la résidence ».
 

Bouquet d’activités

Aux alentours de 10h, la vie de l’établissement se met en branle et les activités démarrent. Dans le hall, un atelier de basket-santé débute, tandis que dans l’office, les résidents d’une des deux Unités de Vie Protégée (UVP) attendent avec impatience l’arrivée de Nesquik, le golden-retriver du projet Handi’Chien, pour son toilettage. Enfin, Madame Sans se relaxe au sein de l’espace multi-sensoriel, sous les doigts experts de Nathalie, l’auxiliaire de vie formée aux techniques de massage.
 


Dans la salle baignée d’une lumière bleutée, acquise grâce aux crédits non-reconductibles de l’ARS, la nonagénaire semble au bord de l’endormissement, bercée par une musique apaisante et les effluves des huiles essentielles. « Cela m’apporte un bien énorme, me délasse. » Ces séances, qu’elle pratique toutes les trois semaines, agissent également sur les douleurs liées à sa prothèse de hanche, venant ainsi compléter l’action du kinésithérapeute, nous confie-t-elle en allant rejoindre la séance de basket qui se déroule à l’étage inférieur.
 
Une heure et demie par mois, Arnaud Dupont, kinésithérapeute dans la vie et bénévole au sein du club de basket local, vient donner un cours. Un créneau volontairement long, afin que les résidents aient le temps de venir et repartir à leur guise. Ce jour-là, une dizaine de personnes âgées ont pris place sur les chaises disposées en rond. Après des jeux de lancer de balle, ils s’essayent aux paniers, grâce au filet adapté placé au centre du cercle. « On travaille la motricité » explique le kinésithérapeute. « C’est aussi l’occasion de mettre en avant le côté collectif du jeu. ». Les fous rires qui fusent à chaque panier marqué viennent accréditer ses propos. Monsieur Renaud, pourtant féru de judo et de vélo dans sa jeunesse, apprécie particulièrement ce sport. Madame Molle, loin d’être en reste, nous avoue essayer un peu toutes les activités.
 

Objectifs

La luminothérapie pour lutter contre la dépression saisonnière ou la médiation animale font également partie du large panel d’ateliers proposés aux résidents. Certaines de ses activités, qu’elles soient pratiquées collectivement ou individuellement, entrent d’ailleurs dans le cadre des projets personnalisés des résidents (PPR). « Nos résidents doivent avoir une raison de sortir de leur chambre le matin, un but » explique Benoît Desjouis. Avec une offre si variée, chacun peut y trouver son compte, en fonction de sa sensibilité. Certaines thérapies sont également utilisées dans les situations d’urgence, en prévention de crises par exemple.
 
D’une manière générale, la mise en œuvre des TNM poursuit différents objectifs, tels que la réduction du nombre de chutes, une ouverture sociale, etc. Après cinq ans d’expérimentation, Melinda Genty observe également une baisse des troubles du comportement, de l’apathie et de l’agressivité. Ermelinda Mariano, l’assistante de soins en gérontologie acquiesce : « Les services sont calmes », notamment les UVP.
 
La cadre de santé explique néanmoins qu’il a fallu changer les mentalités des salariés, leur vision de l’accompagnement des résidents. Elle prend ainsi l’exemple des sorties : « Avant nous organisions des sorties lointaines et complexes, comme aller au zoo de Beauval ou visiter le château de Chambord. Cela faisait plaisir aux familles mais les résidents n’en profitaient pas toujours. Ils en revenaient souvent éprouvés. Désormais nous privilégions les choses simples, de petites sorties quotidiennes comme aller prendre un café ou accompagner les personnels dans leurs emplettes ». De même, lorsqu’a été mis en place le projet Handi’Chien, « les référentes culpabilisaient de s’occuper en permanence du chien. Pour elles ce n’était pas vraiment du travail. Il a donc fallu leur faire accepter le contraire, leur faire percevoir la dimension thérapeutique du projet ».
 

Handi’chien

Justement, au sein de l’office d’une des UVP, pièce qui a fait l’objet d’une extension et d’un réaménagement il y a peu, cinq résidentes ont la charge de brosser le canidé arrivé dans l’établissement trois mois plus tôt. Une arrivée méticuleusement préparée et très attendue par les résidents. Comme l’explique Adeline Malard, aide-soignante référente du projet, Nesquik est utilisé dans le cadre de différents ateliers : toilettage, jeux de mémoire ou encore promenades. « Chaque jour, on passe également dans les chambres pour dire bonjour. Les résidents le caressent et ça nous permet de discuter avec eux, de savoir comment s’est passée la nuit. »
 
Le golden retriever permet également de gérer certaines situations de crise. « Récemment, une dame ne voulait pas descendre pour le repas. Nous avons fait venir Nesquik et lui avons dit qu’il avait besoin d’être accompagné pour aller manger. Finalement, elle l’a suivi et tout est rentré dans l’ordre. » poursuit Adeline Malard. « Une de nos résidentes était très très renfermée sur elle-même et ne voulait pas sortir de sa chambre. L’arrivée de Nesquik a été une révélation. Aujourd’hui, elle discute plus avec nous, nous interpelle quand on passe, même si nous ne sommes pas accompagnées du chien. » surenchérit Victoria Dauvois, la seconde référente Handi’Chien.
 
Ce jour-là, Madame Schwartz a le privilège de promener Nesquik dans le jardin de la résidence. De quoi allumer une lueur de fierté dans son regard, lorsqu’elle sort de la salle, laisse à la main. « Les résidents sont très impliqués, ils ont des petites missions. C’est aussi un moyen de prendre soin de l’autre » nous confie Victoria Dauvois.
 

Perspectives

« Désormais, nous sommes en phase de consolidation » affirme le directeur. Le Parc des Mauves a néanmoins d’autres projets dans les tuyaux, comme l’utilisation de pansements au miel, un concept développé par le CHU de Limoges pour le traitement des petites plaies traumatiques. « Nous essayons également de mettre en place, en coordination avec les prescripteurs, une liste préférentielle de médicaments pour diminuer le nombre de molécules utilisées et donc la iatrogènie médicamenteuse » souligne encore Benoît Desjouis.
 
Et si la mise en place des TNM n’a pas encore fait l’objet de véritable évaluation, la direction y travaille. Pour le moment le suivi de cette expérimentation se fait plutôt de manière qualitative par le biais d’observations comportementales, mais « désormais nous souhaitons mettre en place des indicateurs quantitatifs que l’on retrouverait dans notre logiciel de soins » finit-il par nous dire.
 



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