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« Oubliés du Ségur » : les salariés d’EEPA héraultais se mobilisent


Rédigé le Jeudi 27 Mai 2021 à 08:26

Bien qu’ils travaillent dans les mêmes bâtiments que leurs collègues des EHPAD, les salariés des Établissements Expérimentaux pour Personnes Âgées (EEPA) ne sont pas concernés par la prime attribuée à l’issue du Ségur de la santé. S’estimant lésés, ils en appellent aujourd’hui aux pouvoirs publics pour ne plus être des « oubliés du Ségur ».


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Médecins et pharmaciens du secteur privé, médecins coordonnateurs, employés de blanchisseries ou des secteurs des soins à domicile… Nombreux sont ceux qui se sont sentis « oubliés »par les mesures décidées lors du Ségur de la santé. C’est notamment le cas des professionnels exerçant dans les Établissements Expérimentaux pour Personnes Âgées (EEPA) qui, non concernés par l’attribution de la prime mensuelle de 183 euros, ont le 2 avril dernier manifesté leur mécontentement devant les locaux montpelliérains de l’Agence Régionale de Santé d’Occitanie. 42 salariés de l’EHPAD-EEPA-SSIAD L’Ostal du Lac, situé au Crès, en banlieue de Montpellier, ainsi que plusieurs membres des familles concernées se sont ainsi mobilisés pour attirer l’attention sur cette situation spécifique à l’ex-région Languedoc-Roussillon – où les dispositifs EEPA ont été expérimentés*.

Une initiative pour limiter les ruptures de parcours

Créés entre 2015 et 2017, ces établissements ont pour vocation de recevoir un public de Personnes Handicapées Vieillissantes (PHV) tout en restant adossés à des EHPAD. « La création des EEPA est une initiative transversale, qui visait à limiter les risques de ruptures de parcours de soins des PHV. Amenés progressivement en établissements spécialisés, ces résidents entrent en EHPAD de façon plus fluide », détaille Delphine Desson, directrice de l’EHPAD-EEPA Louis Fonoll de Nissan-lez-Enserune, dans l’Hérault. Accueillis dans le même bâtiment que les résidents de l’EHPAD, les PHV sont en effet pleinement intégrés à la structure.« Notre EEPA accueille également les enfants de certains résidents de l’EHPAD. Nous hébergeons ainsi, sur notre site, quatre couples mère-enfant », ajoute Pascal Ségault, directeur de l’EHPAD-EEPA-SSIAD L’Ostal du Lac. 

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« On aurait séparé l’étage du rez-de-chaussée »

Au sein de cet établissement, pas moins d’un tiers de professionnels est concerné par l’absence de prime liée au Ségur. « Cela représente 15 Équivalents Temps Plein (ETP) pour approximativement 75 000 euros », précise le directeur, qui n’hésite pas à parler de « situation rocambolesque » et « d’imbroglio administratif » : « Si nous étions restés à notre statut antérieur[en unité PHV, NDLR], les salariés auraient perçu cette prime ». Un sentiment d’injustice partagé, qui a poussé les équipes de cette structure gérée par l’association Adages à partager équitablement les primes reçues, de manière à ce qu’elles bénéficient à tous. « Si l’on avait appliqué les modalités de versement de la prime telles qu’elles ont été définies par l’ARS, il y aurait des différences au sein-même de notre cuisine », alerte Lionel Vidal, délégué du personnel et cuisinier dans l’établissement. Cette situation ubuesque, volontairement évitée par la direction, est bien décrite par Sophie Sabatini, également déléguée du personnel : « On aurait séparé l’étage du rez-de-chaussée et du fond du couloir ». L’aide-soignante ajoute : « Les équipes interviennent auprès de l’ensemble des résidents, qu’ils soient inscrits à l’EHPAD ou à l’EEPA. Nous demandons donc à ce que tous les membres du personnel soient reconnus de la même manière. Alors que nous traversons une crise sanitaire historique durant laquelle les soignants ont été particulièrement exposés, notamment lorsqu’ils travaillent avec des personnes âgées, rien ne justifie l’exclusion de l’EEPA ».

Plusieurs dizaines de milliers d’euros de pertes financières

Cette demande est partagée par plusieurs établissements et notamment l’EHPAD-EEPA Louis Fonoll de Nissan-lez-Enserune, qui accueille 63 résidents tous hébergés dans le même bâtiment. « 20 % de nos dépenses sont effectuées dans le cadre de l’EEPA, mais cette césure reste très administrative. Dans les faits, les équipes interviennent auprès de tous les résidents », souligne de son côté aussi Delphine Desson. Géré par la Croix Rouge, l’établissement a versé la prime de 183 euros, y compris aux 10 ETP qui n’y étaient pas éligibles. « Afin que les salariés ne soient pas pénalisés par la décision de l’ARS Occitanie, nous compensons le versement de la prime, mais la perte financière[estimée entre 50 000 à 60 000 euros, NDLR] devra être absorbée », ajoute Delphine Desson, alertant par là-même sur les difficultés budgétaires liées à la crise sanitaire.« Ressources humaines, remplacements, entretien des locaux… Nous ne savons pas encore quels seront les impacts concrets de l’épidémie mais, si nous ne trouvons pas une solution sur le long terme, nous devrons là aussi compenser », précise la responsable. 

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L’attractivité aussi en question

Outre ces problèmes financiers, les établissements concernés redoutent également un impact sur les futures embauches car, comme le rappelle Lionel Vidal, « la différence de revenus peut aller de 15 à 20 % selon les salaires. Pour un même travail, entre deux postes, le choix est donc vite fait ». Les effets de la prime sur l’attractivité, voulus par le Ségur, sont donc mis à mal. La situation est même globalement « contreproductive », un constat partagé par les salariés et les directeurs des EHPAD-EEPA. Espérant tous un changement de position de la part de l’ARS Occitanie, ils ont manifesté devant ses locaux montpelliérains le 2 avril dernier. « Nous avons multiplié les appels à l’ARS et même contacté notre députée locale, mais rien n’y a fait », raconte Pascal Ségault qui espère que la mobilisation « aura un effet boule de neige »« L’ARS doit prendre conscience de notre quotidien pour que nous puissions, pour le bien de tous, continuer à travailler ensemble », conclut Lionel Vidal.

*Une vingtaine d’EEPA sont actuellement présents dans les cinq départements de l’ex-région Languedoc-Roussillon, aujourd’hui intégrée à l’Occitanie : deux dans l’Aude, deux dans le Gard, huit dans l’Hérault, un en Lozère et huit dans les Pyrénées-Orientales.

Article publié dans le numéro de janvier d'Ehpadia à consulter ici  
 



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