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Fanny Durig, « la gériatrie, c’est sexy ! »


Publié le Mardi 2 Novembre 2021 à 14:48

Avec ces quelques mots écrits dans sa présentation Twitter, le Docteur Fanny Durig clame haut et fort son amour pour la spécialité qu’elle a embrassée il y a bientôt neuf années. Et pour ceux qui la rencontrent, cela ne fait aucun doute, la gériatre de 36 ans, également vice-présidente de l’Association des Jeunes Gériatres (AJG), est passionnée. Passionnée et engagée…


« Je crois que je n’aurais vraiment rien pu faire d’autre ». Lorsque l’on évoque la question de sa vocation, Fanny Durig répond tout d’abord comme à une évidence. Pendant ses études, c’est au contact des patients qu’elle prend conscience de son attrait pour la gériatrie. « C’est avec les personnes âgées que je m’entendais le mieux », raconte-t-elle. La discipline nécessite également une approche médico-psycho-sociale, dans laquelle elle se retrouve. « On ne prend pas seulement en charge une pathologie mais un patient dans sa globalité ».

Après un cursus de médecine générale, la jeune lilloise enchaîne donc sur un DESC (Diplôme d'Études Spécialisées Complémentaires) en gériatrie, qui l’amène, à la fin de son internat, à devenir cheffe de clinique au CHRU de Lille. Deux ans plus tard, elle rejoint le Centre Hospitalier de Douai. Elle y prend notamment la chefferie de service du SSR. Jusqu’à son départ pour Paris en novembre dernier, où elle occupe désormais un poste de praticien hospitalier à l’hôpital Corentin Celton.

Pluridisciplinarité

« Ce matin, je me suis occupée d’un patient en décompensation cardiaque, et l’instant d’après j’étais en train de fendre le plâtre d’une dame dont les tissus étaient comprimés ». Prompte à la prise de responsabilités, dynamique, férue de culture médicale, le Dr Durig apprécie également la dimension pluridisciplinaire de sa spécialité et l’absence de routine qu’elle lui confère.

« Le gériatre est un professionnel qui a besoin de disposer de nombreuses compétences techniques, théoriques et pratiques. De savoir comment les choses s’imbriquent, les pathologies, les médicaments. Mais aussi de prioriser le soin en fonction du malade et de son bagage au sens très large ». Avec des patients qui gravitent entre de multiples professionnels, kinésithérapeutes, auxiliaires de vie, ergothérapeutes, psychomotriciens, etc., le gériatre doit enfin être en capacité d’organiser la coordination des soins, et des équipes. « Tout le monde peut apporter son expertise, mais il faut quelqu’un pour trancher », résume ainsi Fanny Durig.
 

De la défense de l’hôpital public à l’AJG

Si la jeune gériatre a découvert une passion au-delà d’un métier, la gériatrie, et plus généralement le service public, ont quant à eux trouvé dans la personne du Dr Durig, une fervente défenseure de leur cause. Son engagement, qu’elle définit comme une « nécessité pour améliorer les choses », se traduit dans le choix de rejoindre le Collectif Inter Hôpitaux (CIH) à la fin de l’année 2019, dont elle devient rapidement une figure médiatique à l’échelle locale, mais également par son implication au sein de l’Association des Jeunes Gériatres (AJG).

Cette dernière, née en 2001, à l’initiative du Dr Sophie Moulias, s’appelle alors encore AJGH, pour Association des Jeunes Gériatres Hospitaliers. Elle perd officiellement son « H » en 2017, lorsque la création du DES Gériatrie permet à la discipline de passer du statut de simple compétence à celui de véritable spécialité médicale, avec pour conséquence de voir se développer différents modes d’exercice – notamment réseaux, domicile, ambulatoire et EHPAD. Adhérente depuis 2013, Fanny Durig rejoint le conseil d’administration de l’AJG en 2017, « par hasard, au détour d’une Assemblée générale ». Un an plus tard, elle entre au bureau.

Elle y découvre des professionnels d’horizons variés, mus par des valeurs communes et la volonté de défendre et de faire vivre la gériatrie, afin « que les gens la connaissent et la comprennent ». Très dynamique, l’association multiplie ainsi les initiatives :   scientifiques avec la réalisation de webinaires en partenariat avec d’autres spécialités et l’édition d’une gazette ; auprès des décideurs, via des contributions à différents rapports et son intégration au sein du CNPG (Collège National Professionnel de Gériatrie) ; de séduction, grâce à des vidéos mais aussi au site devenirgeriatre.org, co-construit avec la SFGG (Société Française de Gériatrie et Gérontologie), le CNEG (Collège National des Enseignants de Gériatrie) et l’ANAIG (Association Nationale des Internes de Gériatrie).

Une spécialité d’avenir

Si de rares professionnels semblent toujours influencés par des a priori, percevant la gériatrie comme « une médecine du fécalome et de la rétention d’urine », pour Fanny Durig, le regard porté sur sa spécialité a, fort heureusement, bien évolué. « Il y a quelques années, le gériatre était un peu perçu comme une assistante sociale, ou encore un médecin qui a raté. Je suis peut-être un peu naïve, mais je pense que désormais, un certain nombre de professionnels reconnaissent la pertinence de notre expertise et de nos évaluations. Les urgentistes, par exemple, nous appellent tout le temps ». Un changement d’optique, que le Dr Durig impute notamment au développement des équipes mobiles de gériatrie au sein des hôpitaux.

Cette évolution se ressent aussi dans le choix des étudiants en médecine au moment des ECN (Épreuves Classantes Nationales), porte d’entrée de l’internat. S’il y avait encore beaucoup de postes de gériatres vacants aux débuts du DES, d’année en année, l’affirmation se fait de moins en moins vraie. Mieux, un nombre croissant d’étudiants bien classés se tournent désormais vers la spécialité. Mais le Dr Durig en a bien conscience, le défi démographique à venir demandera toujours plus de professionnels aguerris. Alors, pour déclencher les vocations, mais aussi parce que « tous les futurs médecins, hormis les obstétriciens et les pédiatres, seront amenés à prendre en charge des personnes âgées, quelle que soit leur spécialité et leur mode d’exercice », l’AJG, tout comme l’ensemble des associations de gériatres, défend la mise en place d’un stage en gériatrie obligatoire, dès l’externat. Sans succès pour le moment.

En attendant, le conseil d'administration de l’AJG continue de s’étoffer, preuve que si la gériatrie est une spécialité jeune, elle n’en demeure pas moins une spécialité d’avenir. « Petit à petit, on recrute des personnes aux profils différents ». Et, par la force des choses, aux points de vue différents. « C’est d’autant plus passionnant et enrichissant » souligne Fanny Durig, qui entend pour sa part poursuivre pleinement son aventure au sein de l’association. Au moins, tant que son âge le permettra. Quid de l’après ? Seule certitude, son engagement envers sa spécialité ne tarira pas et elle n’aura de cesse de le défendre : « La gériatrie, c’est sexy ! ».

Article publié dans le numéro de juillet d'Ehpadia à consulter ici



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