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Pharmacie / Hygiène

L’OMéDIT PACA-Corse poursuit ses actions sur l’Île de Beauté


Publié le Mercredi 7 Février 2024 à 09:19

Dotée de 29 EHPAD privés et publics, la Corse bénéficie également de la présence locale d’un pharmacien de l’OMéDIT PACA-Corse, implanté sur l’île depuis la fin 2020. Une proximité qui, dès 2022, a permis à l’Observatoire de développer une politique spécifiquement tournée vers les établissements d’hébergement des personnes âgées dépendantes.


Avec près de 340 000 habitants répartis sur 8 722 km2, la Corse compte 29 EHPAD, aussi bien publics que privés, répartis partout dans l’île – montagne comme forêts, plages et villes côtières. L’Observatoire des médicaments, dispositifs médicaux et innovations thérapeutiques (OMéDIT) PACA-Corse y a aussi installé, en 2020, un pharmacien à temps plein. Sa mission ? Développer des actions de terrain à destination des établissements de santé insulaires, y compris les EHPAD, en écho aux interventions menées par les autres OMéDIT de France auprès des structures sanitaires et médico-sociales implantées sur le territoire national – et qui portent pour l’essentiel, sur la sécurisation du circuit du médicament, afin d’éviter les incidents iatrogéniques et de recenser leur survenue.

Personne âgée, personne à risque

« De la prescription à l'administration, notre objectif est de limiter le nombre de points de risque par rapport à la prise de médicaments », explique le Dr Claudine Gard, la pharmacienne qui, sur l’Île de Beauté, représente l’OMéDIT PACA-Corse. Rappelant qu’un facteur de risque majeur, par ailleurs bien identifié par les différents Observatoires nationaux, a trait au nombre de médicaments pris ou administrés à un patient donné, elle note que les personnes âgées y sont particulièrement exposées. « Les personnes âgées de 70 ans et plus prennent, en moyenne, huit à neuf médicaments par jour », précise la pharmacienne, en insistant sur la nécessité de revoir régulièrement les prescriptions pour « ne maintenir que les médicaments pertinents ».

Pour faire passer ce message, ainsi que toutes les autres recommandations de bonnes pratiques relatives au circuit de médicaments dans les EHPAD, le Dr Gard va régulièrement à la rencontre des nombreux acteurs intervenant dans la prise en charge médicamenteuse des personnes âgées. « Le médicament est un produit tellement important qu'il réunit plusieurs métiers et spécialités : le médecin traitant et le médecin coordonnateur de l'EHPAD, l'infirmière, la pharmacie, sans oublier le résident lui-même et parfois aussi la famille », ajoute-t-elle.

Un programme tripartite dédié aux EHPAD

Sur place, elle réalise des audits, présente des outils et forme à leur utilisation… « J’incite et sensibilise à la nécessité de déclarer les événements indésirables, y compris ceux n’ayant pas entraîné de conséquences notables car ils sont, en fin de compte, les plus faciles à éviter », détaille celle qui, depuis 2022 et à la demande de l’ARS de Corse, a développé toute une politique de gestion du risque médicamenteux en EHPAD. Mise en œuvre de manière opérationnelle dès l’automne 2022, celle-ci bénéficie aujourd’hui aux 29 EHPAD, ainsi qu’à une unité de vie. Ce programme d’accompagnement spécialisé, qui s’appuie sur un catalogue de formations couvrant différents pans de la prise en charge médicamenteuse, est aussi bien destiné aux médecins, qu’aux infirmiers et aides-soignants, pharmaciens et préparateurs en pharmacie. « Les formations sont ouvertes à tout professionnel de santé amené à intervenir en EHPAD », résume la pharmacienne.

Financée par l’ARS locale, l’initiative est menée de concert par l’OMéDIT de Corse et l’ANAP (Agence nationale d’appui à la performance). « Le programme s’appuie sur un état des lieux “flash”, selon les 20 points définis par l’ANAP en lien avec plusieurs structures, dont notre OMéDIT, et visant à évaluer et à améliorer la prise en charge médicamenteuse dans les ESMS », détaille Claudine Gard, en insistant sur l’importance – et une volonté affichée – de « faire remonter les points bloquants » : « Le manque de personnels la nuit, l’administration de certains médicaments le week-end… Les difficultés rencontrées en EHPAD doivent être communiquées pour pouvoir faire évoluer les pratiques et assurer ainsi une meilleure prise en charge des résidents ». Adapté aux EHPAD de l’île, quels que soient leurs taille, mode de gestion ou spécificités, ce programme comporte plusieurs autres étapes, déroulées en fonction des résultats de l’audit initial.

Plusieurs journées de formations

Un an durant, chaque établissement concerné a ainsi pu bénéficier d’un accompagnement sur mesure, avec trois formations à distance et deux journées en présentiel qui, en juin et novembre, se sont tenues par groupe de 10 EHPAD. « Ces groupes mélangeaient des établissements aux typologies différentes : publics et privés, implantés en Haute-Corse et en Corse-du-Sud, en montagne et en bord de mer… », indique le Dr Claudine Gard, qui y a vu « un bon moyen de favoriser les échanges d’idées et le partage d’expériences ». Car, si les formations en visioconférence étaient pensées de manière très horizontale, les journées organisées en présentiel prenaient la forme d’ateliers, pour justement favoriser les discussions autour des pratiques relatives au circuit du médicament.

EHPAD et officines

Et, parce que près de deux tiers des EHPAD travaillent avec les pharmacies d’officine, l’OMéDIT PACA-Corse a accordé une attention particulière à ces liens, établissant notamment un modèle de convention type. « Notre objectif est d’uniformiser les pratiques, pour que les médicaments soient clairement identifiés et que la continuité de la prise en charge soit assurée, y compris les week-ends, où les imprévus – modification du traitement et des modalités d’administration – peuvent être source de difficultés », poursuit la pharmacienne. Si ces points restent complexes aujourd’hui, l’OMéDIT compte bien continuer à y travailler en mobilisant toujours plus les structures médico-sociales en faveur de la qualité des prises en charge médicamenteuses.

Développé en lien avec les OMéDIT de Bretagne et de Nouvelle-Aquitaine, un outil d’auto-évaluation entre pairs devrait ainsi s’inscrire dans les pratiques au cours des prochains mois. Après une première auto-évaluation, les établissements seront alors amenés à s’évaluer entre eux, au travers, notamment, de visites sur site. « Là encore, l’objectif premier est de favoriser les échanges inter-établissements, pour qu’ils partagent les pratiques, communiquent sur les outils et, plus largement, se transmettent les bonnes idées », confie Claudine Gard.

En ce début 2024, l’OMéDIT PACA-Corse prépare déjà la réalisation de ces audits, tout en comptant procéder au bilan du programme de sécurité médicamenteuse en EHPAD. En parallèle, l’Observatoire poursuit ses missions d’accompagnement spécialisé, au sein des établissements de soins mais aussi, bientôt, des personnes âgées à domicile ; à cet égard, il développe une démarche de réévaluation des traitements, via notamment les officines. L’OMéDIT prévoit, par ailleurs, d’intervenir sur des sujets plus larges comme la prévention des chutes, la vaccination, et la juste prescription des antibiotiques. « L’OMéDIT n’est pas un inspecteur, il a un rôle d’appui, précise Claudine Gard. Nous mettons à disposition des outils et des moyens d’évaluation, afin d’initier une dynamique vertueuse et avancer ensemble et de manière collégiale sur un sujet donné. Le partage d’expérience est, et restera donc, un composant central de notre accompagnement ».

Article publié dans l'édition de janvier d'Ehpadia à lire ici.
 

Le rôle des OMéDIT

Les OMéDIT sont des structures régionales d’appui, d’évaluation et d’expertise dépendant des agences régionales de santé. Créées en 2005, il en existe une par région. Deux Observatoires sont toutefois interrégionaux : l’OMéDIT Nouvelle-Aquitaine, qui est également en charge de la Guadeloupe et de la Guyane ; et l’OMéDIT PACA-Corse, lui-même issu de l’Observatoire du Médicament et de l’Innovation Thérapeutique (OMIT), fondé en 2000 par l’ARS – alors ARH – de PACA à l’initiative du Professeur Jean-Paul Cano, qui est à l’origine du premier Observatoire de France.

Leur objectif ? « Améliorer la qualité, la sécurité et la pertinence de l’usage des médicaments et des produits et prestations, mais aussi contribuer à la lutte contre les iatrogénies ». Les OMéDIT interviennent pour cela en appui aux structures, services et établissements de santé, sur plusieurs domaines tels que « l’appui à l’élaboration des contrats d’amélioration de la qualité et de l’efficience des soins (CAQES) », « l’analyse des rapports annuels d’évaluation », « l’expertise médico-économique et l’analyse des prescriptions au niveau régional », « la mise à disposition d’outils adaptés pour les structures et les professionnels de santé », « l’organisation d’échanges sur les pratiques », « la participation aux travaux du Réseau Régional de Vigilances et d’Appui » ou encore « la gestion des événements indésirables graves associés à des soins, à la demande de l’ARS ».