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L’avenir de l’accompagnement du grand âge sous l’œil de la FEHAP


Publié le Lundi 25 Octobre 2021 à 15:32

Pour introduire ce dossier consacré aux principaux acteurs du monde associatif, nous nous sommes tournés vers la FEHAP, fédération de référence du secteur privé solidaire en santé. Antoine Perrin, son directeur général, nous expose sa vision des mutations à engager.


Antoine Perrin, directeur général de la FEHAP. ©Patrice Le Bris
Antoine Perrin, directeur général de la FEHAP. ©Patrice Le Bris
L’année 2020 a été lourde d’enseignements. Qu’en retenez-vous ?
Antoine Perrin : Je veux dire pour commencer que le gouvernement, le ministère de la santé, les directions d’administration centrale et les ARS ont sur faire face à la crise et nous permettre de la passer en en limitant les impacts négatifs. Mais je remarque quand même que la priorité a été donnée au sanitaire. S’il est tout à fait compréhensible que les hôpitaux aient reçu toute l’attention des autorités, il aurait dû en être de même pour le secteur des personnes âgées. Ce constat est flagrant sur la question de la gestion des EPI, mais également sur celle des revalorisations salariales issues du Ségur. Si les salariés non médicaux des EHPAD ont obtenu les mêmes que leurs homologues hospitaliers, les médecins coordinateurs n’ont pas été revalorisés comme les médecins hospitaliers. Quant aux salariés du domicile, ils ont dû attendre un an avant que l’avenant 43 de leur Branche soit agréé, avec un niveau de rémunération qui reste en-deçà de celui des salariés hospitaliers. Cela va à l’encontre de la logique populationnelle et domiciliaire affichée par Ma Santé 2022.

Qu’en est-il du rôle joué par les autorités ?
Même si nous n’avons pas toujours été en accord avec elles, les ARS ont clairement fait leurs preuves et ont su accompagner les acteurs de terrain. Nous ne pouvons pas en dire autant des Départements. Certains ont été très présents mais d’autres ont été totalement absents et le restent d’ailleurs encore aujourd’hui concernant les revalorisations salariales du secteur médico-social sous leur autorité.

Justement, quelles sont vos attentes en termes de gouvernance ?
Il n’est pas concevable qu’il y ait des politiques de santé différentes selon les territoires, comme on l’a vu sur la question de l'autonomie à domicile, avec des départements pouvant proposer une tarification entre 15 et 16 € de l’heure, contre 21 € ailleurs. Il faut absolument arriver à une harmonisation. C’est pourquoi, au terme de « décentralisation », nous préférons celui de « déconcentration ». Quant à l’application de cette politique nationale, nous considérons que les responsabilités devraient s’effectuer au niveau régional, avec une déclinaison départementale cohérente et coordonnée, et surtout, un seul interlocuteur pour nos opérateurs.

Voyez-vous d’autres impacts de la crise sanitaire pouvant influer sur l’avenir des EHPAD ?
Il y a tout de même eu des enseignements positifs, comme la très forte montée en puissance de l’hospitalisation à domicile (HAD) dans les établissements. Si les EHPAD craignaient jusque-là de voir l’hôpital arriver entre leurs murs, les équipes de HAD étaient quant à elles mal à l’aise avec le fait de se confronter aux pratiques et aux soignants de ces institutions. Avec la crise sanitaire, et face à des hôpitaux submergés, ces acteurs sont parvenus à faire éclater ces cloisons culturelles et c’est une très bonne chose.

Plus globalement, comment percevez-vous l’avenir du secteur du grand âge ?
Il conviendrait de mettre en place une véritable logique populationnelle. Que l’on cesse de réfléchir en termes de structures et de capacités, au profit d’une réflexion orientée vers une population donnée, sur un territoire donné. L’EHPAD est un moyen et non une finalité, au même titre que le domicile, la résidence autonomie, ou l’habitat inclusif. La vraie révolution résiderait dans ce changement d’approche plutôt que dans un concept d’EHPAD hors les murs, quel qu’en soit l’intérêt. Nous en sommes loin et pour en arriver là, il faudrait passer par une modification fondamentale de la loi et des CPOM.

Pouvez-vous développer ?
Actuellement, un CPOM équivaut à une autorisation d’exercer une activité négociée avec une autorité et mesurée par des capacités – lits, places, etc. Pour un opérateur disposant d’un EHPAD, d’un SSAD, d’un SSIAD et, ou, d’un SSR, cela se traduit par autant de CPOM. Nous souhaitons que cette logique change. Les opérateurs devraient s’engager désormais sur l’accompagnement à l’autonomie d’un nombre de personnes âgées polypathologiques dépendantes sur un territoire donné, en décrivant les différents types d’accompagnement prévus. Je parle là d’éléments très concrets d’appréciation qualitative, tels que l’activité physique, intellectuelle, ludique, l’accompagnement à la toilette, la veille sur l’alimentation ou sur l’état psychique. Avec un budget moyenné par personne, charge ensuite aux opérateurs de mettre en œuvre les capacités nécessaires, quel qu’en soit le type – EHPAD, hébergement temporaire, SSIAD, etc. –, quitte à ce que ces capacités varient en fonction des besoins et attentes des personnes accompagnées.

La FEHAP porte également une réflexion sur la taille critique des établissements et opérateurs.
C’est effectivement une approche que nous assumons complètement. Nous considérons que malgré tout l’engagement et le travail fourni par ses équipes, un EHPAD de 40 lits n’aura pas les capacités, seul, de proposer des compétences suffisamment spécifiques et élargies. Il en va de même des fonctions support. À l’inverse, il existe une taille critique au-delà de laquelle il ne nous semble pas raisonnable d’aller, avec un point d’équilibre autour de 80-100 lits. Dans la même logique, nous défendons les regroupements d’opérateurs. S’il existe des solutions à l’échelle territoriale, à l’image des Groupements de Coopération Sociale ou Médico-Sociale (GCSMS), les bénéfices de ces dernières demeurent limités.

Quel rôle, la FEHAP entend-elle jouer demain ?
Le premier axe de notre projet stratégique 2021-2025 repose sur la volonté de proposer un accompagnement qui part réellement de la personne accompagnée. Il y a 40 ans, le schéma s'appuyait sur les professionnels. Puis les usagers et leurs représentants sont parvenus à se faire reconnaitre, et, fort heureusement, la tendance s’est inversée. Il reste néanmoins du travail à accomplir pour donner toute leur place aux citoyens, et c’est ce à quoi nous souhaitons nous engager. La « Commission des personnes soignées et accompagnées » que nous venons de créer à la FEHAP, et dont le président aura une place au sein de notre conseil d’administration, en représente un parfait exemple.

Un mot de conclusion ?
Le modèle privé solidaire porte et assure les mêmes missions que le service public. Or, la souplesse et la réactivité que nous donne notre statut privé, nous confère une capacité à agir pour le bien général qui mériterait d’être mieux reconnu.  Comme dans certains pays du nord de l’Europe, où il remplace par endroits les structures de statut public.

Article publié dans le numéro de juillet d'Ehpadia à consulter ici




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