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Qu’attendre de 2021 pour le grand âge ?


Rédigé le Jeudi 3 Juin 2021 à 09:32

Les acteurs du grand âge n’en finissent plus de l’attendre. Annoncée dès 2018, maintes fois repoussée, la future loi Grand Âge et Autonomie voit son avenir suspendu à l’évolution de la crise sanitaire. Le secteur se mobilise désormais pour voir se concrétiser cette réforme structurelle, censée incarner le marqueur social du quinquennat d’Emmanuel Macron.


Plus de deux ans après le rapport de Dominique Libault sur le grand âge, et près de dix-huit mois après celui de Myriam El-Khomri sur l’attractivité des métiers au service des seniors, l’attentisme reste de rigueur. « Nous avons là deux rapports dont les propositions tout à fait concrètes font consensus. Le diagnostic est posé, les outils et les solutions sont sur la table, et de trimestre en trimestre, la loi qui vise à adapter la société française au vieillissement est sans cesse reportée », déplorait le 11 mars dernier Marc Bourquin, conseiller stratégie à la Fédération Hospitalière de France (FHF), lors d’une table ronde organisée dans le cadre de l’événement SantExpo Live. 

Des reports auxquels la pandémie n’est sans doute pas étrangère, concède-t-il. Mais un autre tsunami, plus silencieux peut-être, déferle doucement sur la France : le vieillissement général de la population avec, nous dit l’INSEE, 21 millions de personnes âgées de plus de 60 ans à l’horizon 2030. D’après les projections de la DREES, les EHPAD, où vivent déjà aujourd’hui 610 000 personnes en perte d’autonomie, devraient ainsi accueillir 108 000 résidents de plus d’ici moins d’une décennie. « 2030, c’est demain. Cette évolution démographique est devant nous, et nous ne sommes pas, aujourd’hui, à la hauteur de l’enjeu. Nous appelons les pouvoirs publics à tenir l’engagement pris et réitéré, d’une grande loi ambitieuse pour adapter notre société à la longévité », insiste-t-il. 

Un secteur au bord de la rupture

Une ligne partagée par les autres acteurs du secteur. Quelques jours plus tôt, la Fédération Nationale des Associations de Directeurs d’Établissements et services pour Personnes Âgées (FNADEPA) réitérait elle aussi son appel : « Nous ne nous résignons pas à l’absence d’une réforme pour le grand âge, qui est devenue plus que jamais vitale. Les reports successifs de la loi sont inacceptables, d’autant plus que notre secteur est au bord de la rupture, avec des tensions qui se sont exacerbées depuis la crise sanitaire », a insisté Jean-Pierre Riso, son président, lors d’une conférence organisée le 10 mars. Cette unanimité va-t-elle pousser les pouvoirs publics à accélérer la cadence ? Rien n’est moins sûr, tant la crise sanitaire semble avoir rebattu les cartes. À l’automne 2020, la création de la 5èmebranche de la Sécurité Sociale a partout été saluée comme la première pierre du futur édifice pour le grand âge et l’autonomie. Mais « elle demeure une coquille vide », souligne Marc Bourquin. C’est que, comme le rappelle Dominique Libault : « Les ressources que j’avais pu identifier dans le système avant la crise sanitaire n’existent plus ». Or c’est sur la question ô combien fondamentale des finances que sont attendus les principaux arbitrages de la future loi. 

Les acteurs multiplient les propositions

Pour autant, tout n’est pas perdu. Les acteurs du grand âge avancent désormais leurs propres pistes. Se saisissant de la question financière, la FHF a par exemple estimé qu’il faudrait« à peu près 1,6 milliards d’euros de financements complémentaires chaque année. Ce n’est, au fond, qu’un millième de notre richesse nationale. Et il s’agit de notre avenir à tous. Pourquoi ne pas financer cette enveloppe avec une hausse – minime – du point de CSG ? », a proposé Marc Bourquin. Une position proche de celle de la Caisse Nationale de Solidarité pour l’Autonomie (CNSA) qui, dans un avis rendu public le 22 mars dernier, a également préconisé une hausse de 0,28 point à parti de 2023, ce qui permettrait d’engranger 6 milliards de plus en 2030 – année à partir de laquelle les besoins en matière de dépendance devraient durablement croître. La FNADEPA a, elle, mis sur le tapis 25 propositions « pragmatiques et ambitieuses », qui viennent en complément des rapports déjà remis au gouvernement, a expliqué Jean-Pierre Riso. Ces mesures avancent « des solutions de court, moyen et long terme telles que l’augmentation en nombre et en pluralité des professionnels, le décloisonnement des métiers, la spécialisation de la prise en charge urgente des personnes âgées, ou encore la transformation des ARS en Agences Régionales de Santé et d’Autonomie. Aux parlementaires de s’en saisir ! », a-t-il précisé.

Un appel à l’action

Cette mobilisation générale permet assurément d’éviter que la dynamique ne s’essouffle, à une période où le virus impose son propre tempo. En attendant la concrétisation d’une loi « systémique »toujours promise avant la fin du quinquennat, Dominique Libault suggère, lui, que les acteurs poursuivent sur leur lancée pour « ne pas simplement attendre la loi et les moyens financiers des grands arbitrages. Nous pouvons dès à présent progresser sur beaucoup d’aspects sans qu’il n’y ait forcément besoin de moyens considérables : les métiers, le mieux travailler ensemble, la prévention… Investissons déjà ces champs-là pour commencer à tracer, dès maintenant, un autre chemin pour le vieillissement en France ». Avec ou sans loi, 2021 pourrait encore être une année structurante pour le grand âge…
 
 Article publié dans le numéro de janvier d'Ehpadia à consulter ici   
 



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