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Fabrice Gzil, éveilleur d’éthique


Rédigé le Lundi 14 Juin 2021 à 09:50

Philosophe et éthicien, Fabrice Gzil a rejoint les membres du Comité Consultatif National d’Éthique (CCNE) en février dernier. Il est aussi celui choisi par Brigitte Bourguignon pour élaborer un « document-repère » et une « charte éthique » destinés à soutenir l’engagement et les réflexions des professionnels des établissements accueillant des personnes âgées.


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« Il est grand temps de réveiller l’éthique dans nos EHPAD »*. Tel est le constat qui s’est révélé aux yeux de tous alors que la crise sanitaire s’installait, infusant jusque dans les plus hautes sphères de l’État. Ainsi, en novembre dernier, Brigitte Bourguignon, la ministre déléguée à l’autonomie missionnait Fabrice Gzil pour mettre au point un « document-repère » et une « charte éthique » à destination des professionnels du secteur. Une mission que le responsable du pôle réseaux et observatoire de l’Espace éthique d’Île-de-France, s’est empressé de relever, fort d’une expérience de 20 ans sur les questions liées au grand âge et à la perte d’autonomie.

De la philosophie médicale à la recherche en éthique

Après des études de lettres classiques et de philosophie, et un bref passage par l’enseignement dans le secondaire et le supérieur, Fabrice Gzil se tourne rapidement vers la philosophie de la médecine. Une « originalité », comme il la définit lui-même, lui permettant de « mettre la philosophie au service de questions contemporaines ».C’est ainsi qu’au début des années 2000, le jeune professeur s’intéresse à la maladie d’Alzheimer, notamment influencé par Anne Fagot-Largeault, sa directrice de thèse. Son travail, mêlant histoire de la médecine, épistémologie et questions d’éthique, lui vaudra d’ailleurs d’obtenir le prixLe Mondede la recherche universitaire en 2009 et une publication aux Presses Universitaires de France (PUF). 
Le philosophe, qui assume un tropisme pour les neurosciences et la psychiatrie, passe les dix années suivantes au sein de la Fondation Médéric Alzheimer. Il y est en charge du soutien à la recherche, portée sur le médico-social et les sciences humaines. « Nous avonscréé un réseau avec près de 200 personnes, médecins, psychologues, ergothérapeutes, chercheurs en sciences humaines et sociales, dans une dynamique de recherche et d’innovation ». Car Fabrice Gzil œuvre à une « éthique appliquée et impliquée », s’appuyant grandement sur les retours d’expérience du terrain.

Se nourrir de l’expérience des professionnels

C’est aussi cette approche qui l’a certainement poussé, en parallèle de son travail de chercheur associé en éthique et épistémologie au Centre de recherche en Épidémiologie et Santé des Populations (CESP) de l’Inserm, à rejoindre l’Espace éthique d’Île-de-France, depuis bientôt deux ans. En tant que responsable du pôle réseaux et observatoire, il y anime et soutient une réflexion éthique « très concrète », au sein des établissements et à l’échelle territoriale. 
Ses fonctions lui permettent enfin de poursuivre deux missions qui lui tiennent particulièrement à cœur : l’enseignement à destination de professionnels de la santé et du médico-social et l’accompagnement de chercheurs et porteurs de projets. Cette confrontation entre personnes issues de la recherche philosophique et éthique classique, et acteurs de terrain, nourrit sa réflexion, lui permettent de déceler des problématiques émergentes et de les « incarner », en les réinscrivant dans des pratiques professionnelles. « C’est important car ce sont des secteurs où l’on se questionne et où l’on invente énormément », précise-t-il.

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L’éthique qui ne dit pas son nom

Celui qui a passé des semaines en SSR, EHPAD, service de gériatrie aigüe ou de réanimation, à « regarder, écouter, dialoguer, essayer de comprendre »,en retient la tendance naturelle des professionnels à mener une réflexion éthique. « Ils ne nomment pas forcément cela éthique, mais il y a un véritable questionnement sur les valeurs et le sens de ce qu’ils font, souligne-t-il. Il y a une authentique volonté de se remettre en question et d’améliorer la qualité de l’accompagnement qui est offert ».
La crise sanitaire a d’ailleurs permis de le mettre en exergue. « Les équipes se sont rendu compte de ce qu’elles ne pouvaient plus réaliser. Cela a mis en évidence les valeurs auxquelles elles sont attachées, ce qui donne un sens à leur métier en temps ordinaire », explique le philosophe. Les questions qui se posent dans ce contexte si particulier « ne sont pas fondamentalement nouvelles, même si elles se posent avec une acuité particulière », poursuit-il. L’un des enjeux post-crise ne seradonc pas d’inventer une éthique propre au médico-social, mais plutôt de lui offrir les moyens de perdurer, et c’est là tout le sens de la mission qui lui a été confiée par la ministre déléguée à l’autonomie.

Redonner un sens aux métiers

Au travers du document-repère remis début février et de la « charte » qu’il prévoit de finaliser avant l’été, charge à l’éthicien de reformuler et formaliser ces réflexions, pour soutenir « l’engagement et la réflexion »des professionnels, mais aussi produire des repères pouvant les aider au quotidien. Une mission qu’il mène, là encore, de manière collaborative en sollicitant et en interrogeant les acteurs de terrain, résidents et familles.
L’enquête nationale menée à la fin de l’année 2020** a révélé un « inconfort », voire une « souffrance éthique »chez nombre de salariés du secteur. « Beaucoup nous ont dit ne pas reconnaître leur métier, explicite Fabrice Gzil.C’est plus que du désenchantement. Quand on a le sentiment d’être déconnecté des valeurs qui sous-tendent son activité, le risque c’est de déserter, d’abandonner ». Soutenir « l’engagement »des professionnels revêt donc une importance particulière pour le philosophe.
Par son travail, Fabrice Gzil espère enfin mettre en lumière le sens et la valeur sociale des métiers de l’accompagnement du grand âge. « Je voudrais que cette réflexion éthique rende compte des préoccupations de l’ensemble de ces métiers et pas seulement de certains d’entre eux, précise-t-il. L’aspiration, ce serait de continuer à produire des repères où chacun se sente concerné, voit ses questionnements reconnus comme légitimes. Si l’on fait cela, nous ne serons pas seulement dans le discours et nous aurons une chance de produire ne serait-ce qu’un petit effet sur les pratiques individuelles et collectives ».

- À lire : Document-repère Pendant la pandémie et après. Quelle éthique dans les établissements accueillant des citoyens âgés ?
À télécharger sur le site du Ministère des Solidarités et de la Santé ou de l’Espace éthique d’Île-de-France : www.espace-ethique.org/sites/default/files/document_repere_ethique_ehpad.pdf.



*Citation tirée du document-repère Pendant la pandémie et après. Quelle éthiquedans les établissements accueillant des citoyens âgés ?,commandé par la ministre déléguée à l’autonomie et rédigé par Fabrice Gzil.
** Enquête nationale menée du 13 novembre au 8 décembre 2020, en vue de la rédaction du document-repère, à laquelle 1 814 professionnels et bénévoles intervenant dans les établissements pour personnes âgées ont répondu anonymement.



Article publié dans le numéro de janvier d'Ehpadia à consulter ici
 



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