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Confort de vie

L’Humanitude, une philosophie qui séduit toujours plus d’EHPAD


Rédigé le Jeudi 24 Juin 2021 à 09:50

Développée il y a plus de trente ans par Yves Gineste et Rosette Marescotti, l’Humanitude est une méthodologie visant à prendre soin des personnes âgées dans le respect de leurs particularités d’êtres humains. Cette philosophie, qui rejoint la démarche de bientraitance mise en œuvre dans les établissements médico-sociaux, a notamment fait ses preuves auprès des aînés les plus dépendants, en particulier ceux souffrant de la maladie d’Alzheimer.


©DR
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« Dans les années 1980-1990, Yves Gineste et Rosette Marescotti sont allés au contact de soignants accompagnant des personnes désorientées, non communicantes, et qui étaient régulièrement confrontés à des refus de soins. Leurs observations sur le terrain les ont amenés à concevoir l’Humanitude, qui est à la fois une philosophie de soins et des outils concrets au service d’une vision et de valeurs communes », explique Annie de Vivie, directrice des formations à l’association Asshumevie, elle-même à l’origine du Label Humanitude. Cette philosophie du lien positif, dont les principes sont proches de ceux de la bientraitance, vise ainsi à réhabiliter les personnes soignées dans ce qu’elles possèdent de typiquement humain.Les concepteurs avaient en effet constaté que le regard, la parole, le toucher ou encore la verticalité, des notions qui signent l’humanité d’une personne depuis son plus jeune âge, sont trop souvent refusées aux personnes âgées. Ils les ont donc identifiées comme les quatre piliers fondamentaux de l’Humanitude et les ont outillées en conséquence.

« Confirmer notre présence au monde »

Quelques 150 techniques sont ainsi proposées par la méthodologie Gineste-Marescotti pour, notamment, apaiser certaines situations difficiles. Le regard, par exemple, doit être horizontal et axial – c’est-à-dire bien en face de la personne –, mais aussi tendre et long, pour que la personne âgée, en particulier si elle a des troubles majeurs du comportement, « puisse se reconnaître et se ressentir comme faisant partie de l’humanité dans son ensemble », souligne Annie de Vivie. La parole sera pour sa part douce, calme et mélodieuse, et surtout indispensable aux gestes de soins qu’elle viendra alimenter et accompagner, même si la personne qui en bénéficie ne peut pas répondre. Le toucher, lui, se veut vaste, lent, caressant et enveloppant, pour « confirmer notre présence au monde ».

Toutefois, explique-t-elle, « cette technique peut mettre un certain temps à s’intégrer aux pratiques, puisque nous utilisons tous spontanément des touchers ancestraux, comme le toucher en pince, qui peut être difficile à décoder pour une personne souffrant de troubles cognitifs ». La verticalité, enfin, est celle de la station debout qui distingue l’humain. « Une personne âgée peut et doit vivre “debout“. On va donc mettre en œuvre des techniques de prise en soins ou de manutention, qui vont permettre de verticaliser la personne durant quelques minutes pendant la toilette, quelques minutes au moment des repas, quelques minutes au moment du coucher. L’objectif étant d’atteindre 20 minutes de verticalité par jour, pour éviter la grabatisation et ses conséquences délétères », détaille-t-elle.

Cinq principes éthiques

La philosophie de l’Humanitude telle qu’elle a été conçue par Yves Gineste et Rosette Marescotti repose par ailleurs sur des principes éthiques articulés autour de cinq notions-clés, s’appliquant notamment en EHPAD. En premier lieu, pas de soin de force ni d’abandon de soins : « C’est là qu’entrent en jeu les techniques précédemment évoquées, sur le regard, la parole ou le toucher, puisqu’elles contribueront à obtenir le consentement ou du moins l’assentiment de la personne », détaille Annie de Vivie. Deuxième grand principe, le respect de la singularité et de l’intimité – « comment prendre correctement soin d’une personne sans tenir compte de ses choix, de son histoire de vie, somme toute de sa dignité ? », note-t-elle.

Principe numéro 3, vivre et mourir debout, qui s’inscrit donc dans la droite lignée des grands piliers fondamentaux de l’Humanitude puisqu’il vise à déployer en pluridisciplinarité toute une série de techniques de verticalisation, en évitant toutefois les manutentions « inutiles ». Vient ensuite l’ouverture vers l’extérieur car, comme l’explique la formatrice, « c’est dans les situations de huis-clos que l’on risque le plus de prendre l’ascendant sur les plus vulnérables d’entre nous ». Enfin, l’EHPAD doit être perçu comme un lieu de vie et d’envie, deux notions qui vont de pair et qui peuvent être formalisées au sein d’un projet d’accompagnement personnalisé : « Celui-ci fait partie intégrante du prendre soin global : s’il y a 50, 100 ou 150 personnes accompagnées, il y aura 50, 100 ou 150 projets d’accompagnement personnalisés à mettre en œuvre et à soutenir », souligne-t-elle.

Des formations et un label pour les EHPAD volontaires

S’emparant de cette philosophie née à la fin des années 1990, l’association Asshumevie a érigé ses principes en label. « Nous avons développé toute une palette de formations-actions, autour des soins, de la vie sociale, de l’hôtellerie-restauration, etc., afin d’outiller les soignants pour que la démarche – qui engage un établissement dans son ensemble – se poursuive d’années en années. Des référents Humanitude peuvent également intervenir de manière ponctuelle, à travers des ateliers d’appropriation des techniques, de révision des pratiques ou de compagnonnage. Ce sont autant de cales qui permettront de maintenir le mouvement, ou du moins d’éviter une redescente trop forte en cas de vents contraires – lesquels apparaîtront dans toutes les structures et à tous les moments de la vie », note Annie de Villie. Pas moins d’une centaine d’établissements, des EHPAD, des SSIAD, des foyers d’accueils médicalisés, des maisons d’accueils spécialisées, se sont aujourd’hui engagés dans le Label Humanitude, et 26 sont déjà labellisés. Une dynamique appelée à se poursuivre, a fortioridepuis la crise sanitaire : dans ce contexte inédit, la philosophie de l’Humanitude esten effet régulièrement citée en exemple pour faire évoluer la société dans son rapport aux personnes âgées et aux fragilités.

Article publié dans le numéro d'avril d'Ehpadia à consulter ici
 



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